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Sur les bords du Saint-Laurent, histoire d’eau.


J’ai toujours grandi et vécu près de lieux bordés de rivières, de fleuves et d’étangs. Que ce soit sur les rives de la Loire, ou entre Rhône et Saône, les villes et villages traversés par ces étendues liquides ont toujours eu une résonnance particulière en moi.

Par conséquent, le Saint-Laurent tient tout naturellement une place qui lui est propre dans mon cœur. Il ne peut qu’envoûter toute personne posant son regard sur cet être à part entière. Porteur de rêves, de légendes, d’histoire et de vie, il reste une riche source d’inspiration pour tous ceux qui le côtoient, au présent comme au passé.

Long de 1197 km si l’on ne tient pas compte des Grands Lacs, le Saint-Laurent prend sa source à l’embouchure du lac Ontario, à Kingston, pour se jeter dans l’océan Atlantique au niveau du Golf du Saint-Laurent. Certains endroits forment un estuaire si large qu’on ne peut, à œil humain, apercevoir l’autre rive.

Cette année, alors que l’hiver tire à sa fin, doucement, mais surement, j’ai décidé de prendre la 138 jusqu’à Sept-Îles et de longer une partie de ce fleuve majestueux, classé comme l’un des plus longs fleuves au monde, afin d’en admirer sa belle parure hivernale. L’avantage de la nationale 138 (l’une des plus vieilles routes du Québec, formée de la rue Notre-Dame, du chemin du Roy, de la route Jacques-Cartier et de la route des Baleines) est qu’elle offre, selon les points de vue, de splendides panoramas sur le fleuve. De plus, au gré des kilomètres, vous traversez de remarquables petits villages où l’on peut encore admirer de magnifiques maisons d’antan.

Mon voyage a commencé en gagnant la rue Notre-Dame. À partir de là, vous êtes lancé. La route est relativement bien balisée. Cela cafouille un peu au niveau de Trois-Rivières et de Québec, mais dites-vous dans l’ensemble qu’il vaut mieux toujours aller tout droit. Ensuite, vous n’avez plus qu’à jouer les spectateurs.

On parle souvent des beautés du Québec en automne. Pourtant, rien n’est plus magique que de parcourir ses paysages enneigés. Apprendre à aimer, c’est découvrir. Le Québec est une terre de passion. C’est en sillonnant ses contours, ses replis, ses plaines et ses grands espaces qu’on en tombe amoureux.

Remonter le Saint-Laurent, c’est remonter le temps, l’histoire. Prendre conscience de sa force, de sa puissance. Il est l’artère principale alimentant ce magnifique pays. Il peut être dur, mais lorsqu’humblement on l’écoute, l’observe, le respecte, alors il déploie sous vos yeux des beautés qu’on ne soupçonnait point.

On oublie tellement de regarder, d’admirer ce qui nous entoure, parfois par manque d’intérêts ou par négligence. Pourtant, l’attachement à la terre est un sentiment primordial et nécessaire. Peu importe nos racines, il faut apprendre à respecter le sol que nous foulons chaque jour, car il nous accueille et nous comble de ses richesses.

Pendant toute la durée de mon voyage, je suis restée fascinée par ce fleuve. Il s’en dégage une telle force tranquille, une sorte de quiétude, et pourtant, naviguer sur ses eaux, avec ses marées, ses courants et ses hauts-fonds demande une certaine adresse !

J’ai quitté Montréal et son effervescence, puis direction Lanaudière, la Mauricie. Passée Trois-Rivières, je suis arrivée dans un petit village au nom évocateur de Champlain. La glace recouvre une bonne partie des berges du fleuve en cette saison. Parfois, on aperçoit de petites cabanes de pêches posées de ça et là sur la glace. Sous le ciel bleu, la luminosité est éblouissante, ce qui rend le paysage encore plus extraordinaire. Tout brille et scintille. Le froid vous pique, mais c’est agréable. Vous êtes juste là.

Lors d’un de mes arrêts au milieu de nulle part, j’ai aperçu au loin une marcheuse solitaire sur la glace, en raquettes, avec son bébé sur le dos. Touchant. Comme moi, sans doute, venait-elle profiter de cette immensité, de ce calme serein.

Mais déjà je m’approchais de la capitale. L’activité humaine se faisait plus présente et le choix entre une voie plus rapide et la 138 s’est présenté.

La question ne se posait point. Je voulais continuer à longer ce cher Saint-Laurent. J’ai passé Québec. À ma droite, l’île d’Orléans émerge majestueusement du fleuve. J’ai continué le long de la 138 Est et pénétré en terre de Charlevoix, tout de suite plus montagneuse, mais tout aussi charmante, avec des forêts à perte de vue. Parfois, de grandes saignées parmi les arbres laissent entrevoir pistes de ski ou réseau de pylônes électriques.

Ensuite, sans doute ma partie préférée, celle où le fleuve me parut à certains endroits des plus spectaculaires avec ses glaces dérivant au loin, parsemé de maisons centenaires à l’architecture typique que j’affectionne particulièrement : La Malbaie, Port-au-Persil, Saint-Siméon, Baie-Sainte-Catherine où j’ai passé une nuit dans l’ancien presbytère reconverti en auberge (Auberge Chez Sam). J’ai d’ailleurs fait la connaissance de gens très accueillants, qui le lendemain me conviaient à pêcher à la ligne la morue sur les bords du Saint-Laurent, là où son chemin croise celui du Saguenay.

Ce qui est agréable en cette saison, c’est que tout est calme. Peu de touristes fréquentent la région en hiver. Autres points délectables : redécouvrir le silence, admirer un vrai ciel étoilé, et remplir ses poumons d’air frais et vivifiant. De ces moments riches, les plus marquants sont ceux où je me tenais le long du Saint-Laurent, là, silencieuse, où juste le craquement de la glace raisonnait dans l’immensité.

Parlons couleurs. La lumière est époustouflante. Au coucher du soleil, lorsque le ciel est dégagé, elle devient quasi magique, divine. Plus le soleil descend, plus le ciel se pare de teintes flamboyantes, tantôt orangées, jaunes et rouges, tantôt violine et rose avec des teintes d’un gris bleuté.

Quant au fleuve, il offre une palette de bleus des plus spectaculaires. Du clair et transparent comme un bout de ciel saisi dans les glaces, aux teintes plus sombres et plus obscures tirant sur le bleu marine, voire le noir. Entre ces couleurs, tout un dégradé de bleu parsemé de taches blanches.

Ce sont des moments uniques, difficiles à retranscrire tellement la beauté du spectacle vous laisse pantoise, admirative de ce que peut offrir comme cadeau la nature à l’homme. Toutes ces taches de couleurs parfaitement superposées, créant un mariage de nuances indescriptibles et harmonieuses, c’est comme se retrouver devant une toile impressionniste, comme se tenir devant les Nymphéas de Monet : magique.

Sur mon trajet, j’ai croisé des cargos, des oiseaux, des gens, des poissons… J’ai pris encore plus conscience de la beauté des lieux, de la chance que j’ai de vivre sous ces latitudes.

Le Québec : une terre, des saisons, des peuples, une histoire, fédéré par un élément liquide, le Saint-Laurent, par qui tout commença.

Alors visitez, découvrez, redécouvrez ses terres, ses rivages, ses montagnes et ses plaines et retombez en amour !

« […] En ce passé lointain, splendide, immesuré,

Je te vois, ô grand Fleuve, en ton rêve ignoré.

Tu passais anonyme au pied du promontoire,

Seuls les cerfs et les ours à tes eaux venaient boire.

Superbe, tu n’avais pour te proclamer beau

Que l’amour du héron, de l’aigle, du corbeau.

Longtemps il te fallut sans gloire attendre l’Homme,

Celui qui va pensif, voit les choses, les nomme.

Mais lorsque ta beauté prit place dans ses yeux

Tu sortis de la nuit des Temps mystérieux… »

Albert Ferland

Photographies: Daphné Boudet

À propos de moi

Parce que la vie est un voyage, une aventure ; que l’on ne sait jamais vraiment de quoi demain sera fait ; et surtout parce qu’elle n’est pas une question de « pourquoi », mais de « pourquoi pas », c’est en 2009 que Daphné quitte la France pour s’installer au Québec après y avoir passé un an en tant qu’étudiante à l’Université de Montréal en 2001. Curieuse, autodidacte, gourmande et surtout discrète, elle aime utiliser ses sens et savourer le temps qui lui est imparti en s’offrant la chance de pouvoir réaliser le maximum de ses rêves. Amoureuse de la bonne cuisine, des vieilles pierres, du bon vin et des livres, elle espère faire naître le goût des choses bonnes et simples qui nous entourent et qui bien souvent deviennent si familières que l’on ne prend plus la peine de les apprécier : la caresse du soleil sur votre peau, un morceau de chocolat fondant délicatement sous votre langue, la lecture d’un bon livre… Massothérapeute sur ses temps libres, son mantra : « On est tous l’artisan de son bien-être ». Elle évolue d’une passion à l’autre, en espérant rendre les gens heureux, désireux et curieux de pousser d’autres portes afin de découvrir ce qui se cache derrière.

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