Par 

On a acheté une île


Arrivée dans le village de Newboro, cap sur le ponton où nous retrouvons Koreen, Doug et leur chienne Isabelle. Direction : l’île de Channel. Nous embarquons à bord d’un petit canot à moteur, notre moyen de locomotion cette fin de semaine, pour atteindre notre destination sur le canal Rideau, voie navigable qui relie la ville d’Ottawa à Kingston.

Le canal Rideau, terminé en 1832, est le plus vieux système de canaux toujours en activité en Amérique du Nord. Aujourd’hui, seuls les plaisanciers sillonnent cette étendue de 202 km.

Après une quinzaine de minutes, nous accostons sur l’île de Channel. Il est 16 h, le ciel est bleu. Une légère brise nous rafraîchit délicieusement.

Une fois le bateau amarré, je découvre enfin l’endroit. Situé sur le lac de Newboro, en Ontario, ce petit îlot de 3000 m² est couvert de chênes rouges et de chênes blancs, de pins, de cèdres et autres variétés.

Trois charmantes bâtisses de bois occupent les lieux. Surplombant le quai, la plus ancienne date des années 30, une simple maisonnée en bois d’époque bourrée de charme, dont les grandes fenêtres sur toute la surface offrent une belle luminosité et un panorama unique sur le lac et les îles voisines. Tout de suite, on éprouve un sentiment de légèreté, on se sent aérien, bercé par le souffle du vent dans les feuilles.

À l’intérieur, les murs sont couverts de dates, de noms des personnes ayant séjourné sur Channel depuis son aménagement. D’ailleurs, la coutume est restée. Chaque invité est convié à laisser une trace indélébile de son passage sur Channel en imposant sa griffe.

Les lieux pourraient sembler rustiques de prime abord, et il y a quelques aménagements à effectuer encore, mais tout est fonctionnel et confortable pour un séjour agréable et ressourçant. Leur démarche est tout à saluer. En effet, Koreen et Doug ont opté pour des installations vertes sur Channel. Adeptes du faire eux-mêmes, ils ont posé des panneaux solaires qui fournissent l’électricité suffisante lorsqu’ils sont sur l’île, utilisent des toilettes sèches, et sont en train de construire une petite salle de bain pour laquelle ils ont installé une pompe électrique solaire qui puisent de l’eau dans le lac et envoie les eaux usées dans les toilettes sèches. Aucune eau grise n’est rejetée dans l’environnement. Tout est pensé pour limiter leur impact sur celui-ci. De nombreuses restaurations sont encore à venir !

À l’intérieur, ils ont gardé l’ancien système d’éclairage au gaz qu’ils utilisent. D’ailleurs, cela donne une ambiance tellement plus conviviale à la nuit tombée.

Ici, pas de télé. Pour occuper les soirées, on échange, on se raconte des histoires, on joue de la guitare et on chante autour d’une bonne bouteille de vin ou de quelques bières, sans oublier le repas où chacun a littéralement mis la main à la pâte.

La bonne surprise est ce magnifique four à pizza qu’ils ont construit. Idéal pour stimuler la fibre culinaire et artistique qui sommeille en vous. Vous devenez créateur de pizza pour la soirée ! Repas bienvenu après baignade dans le lac et promenade en canoë, je vous le garantis !

Les deux autres maisons présentes sur l’île sont un peu plus récentes et également en bois. Le tout est harmonieusement réparti sur l’île avec, en prime, la présence d’un autre petit coin dédié aux gourmands où faire griller les marshmallows.

Pour Koreen et Doug, l’endroit fut un coup de foudre. Depuis trois ans, ils possèdent leur petit îlot. Ils s’y rendent dès que possible, des premiers rayons de soleil du mois d’avril aux couleurs chatoyantes du mois de novembre. L’hiver, le lac étant gelé, se rendre sur Channel est plus compliqué. Il faut alors y aller à pied, ce qui peut être dangereux, même muni d’un laser pour calculer l’épaisseur de la glace.

Habiter une île veut dire gestion des déchets. Tout doit être rapporté sur le continent et trié. Le lac, très poissonneux, attire de nombreux pêcheurs et est réputé pour la qualité de son eau. Il est surveillé et protégé. L’eau y est vraiment claire.

Des espèces d’oiseaux également protégées nichent aussi sur certaines îles qui leur sont réservées. D’ailleurs, l’île voisine à la leur est occupée par une famille de pygargues, communément appelés aigles à tête blanche, à l’envergure imposante.

Nous avons pu nous en approcher en canoë. Être dévisagée par maman aigle ne laisse pas indifférente, surtout à la vue de ses serres acérées. J’avoue que je n’ai pas regretté longtemps d’avoir laissé mon jack russel à Montréal.

Ma plus belle surprise se trouve cependant dans un petit coin isolé de l’île. Il s’agit d’une ruche. Koreen et Doug sont aussi apiculteurs à leurs heures. Ils fabriquent leur propre miel qui est essentiellement de sapin. Miel délicieux dont j’ai eu le plaisir de recevoir un petit pot en cadeau. Comme pour le reste, ils ont beaucoup lu sur l’apiculture et se sont renseignés auprès de professionnels. D’ailleurs, leur ruche vient de chez Debbie Hutchings, dont les ancêtres sont venus s’installer en Ontario au XIXe siècle en apportant leur propre rucher. Depuis, ce sont toujours les mêmes abeilles qui ne se sont jamais croisées avec les espèces locales.

Malheureusement, le temps ne suspendant pas son vol, il a fallu quitter ce petit havre de paix et regagner la trépidante cité.

Hâte de recroiser Koreen et Doug, l’année prochaine, pour découvrir l’avancée des travaux et déguster la nouvelle récolte de miel !

http://debbeesbees.ca/

À propos de moi

Parce que la vie est un voyage, une aventure ; que l’on ne sait jamais vraiment de quoi demain sera fait ; et surtout parce qu’elle n’est pas une question de « pourquoi », mais de « pourquoi pas », c’est en 2009 que Daphné quitte la France pour s’installer au Québec après y avoir passé un an en tant qu’étudiante à l’Université de Montréal en 2001. Curieuse, autodidacte, gourmande et surtout discrète, elle aime utiliser ses sens et savourer le temps qui lui est imparti en s’offrant la chance de pouvoir réaliser le maximum de ses rêves. Amoureuse de la bonne cuisine, des vieilles pierres, du bon vin et des livres, elle espère faire naître le goût des choses bonnes et simples qui nous entourent et qui bien souvent deviennent si familières que l’on ne prend plus la peine de les apprécier : la caresse du soleil sur votre peau, un morceau de chocolat fondant délicatement sous votre langue, la lecture d’un bon livre… Massothérapeute sur ses temps libres, son mantra : « On est tous l’artisan de son bien-être ». Elle évolue d’une passion à l’autre, en espérant rendre les gens heureux, désireux et curieux de pousser d’autres portes afin de découvrir ce qui se cache derrière.

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais partagé. Les champs exigés sont marqués.