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Profession « slasheuse » — assumer sa polyvalence


Laissez-moi vous raconter le déroulement de ma semaine. Je donne dix cours de danse en quatre jours. Deux fois par semaine, j’aide à l’administration d’une école de danse. Mes tâches sont principalement le développement de projets, la gestion de l’entreprise et de ses réseaux sociaux. J’écris au moins un article par semaine pour différents blogues. Étant travailleuse autonome, je gère donc mon entreprise et les contrats que j’obtiens ponctuellement : cours privés, organisation d’événements, marketing et j’en passe. J’essaie aussi de terminer une formation en Danga. Alors, quand on me demande ce que je fais dans la vie, ça devient complexe de relater tout ça. Je suis parfois moi-même confuse.

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J’ai toujours été une travailleuse acharnée. Je me définis beaucoup par mon boulot. J’ai exploré diverses avenues : j’ai été employée puis j’ai travaillé à mon compte, j’ai tenté d’être uniquement professeure de danse, d’être uniquement dans un bureau de 9 à 5, de suivre mes passions, d’avoir une « job sérieuse », de percer dans le milieu artistique en tant qu’artiste, de retourner aux études… Pourtant, il y avait toujours quelque chose qui clochait, qui ne collait pas à ma peau. Je suis une fille d’obligations qui compartimente les sphères de sa vie. Vous comprendrez que cela laisse peu de place à la spontanéité et, parfois, au plaisir. J’absorbe, malgré moi, les pressions sociales comme avoir un emploi avec un titre et assurer son futur ou qu’un succès financier soit le reflet d’un succès professionnel. C’est avec ces impressions que j’ai tenté de me construire professionnellement. Normal que je ne me sois pas toujours sentie à ma place. Ma situation ne correspondait pas à ce que je me faisais comme image de l’adulte responsable sur le marché de l’emploi.

J’ai cependant persévéré malgré mes doutes. Certaines personnes-clés sont entrées dans ma vie, me donnant confiance. Sans le savoir, elles m’ont guidée par leurs actions et par nos nombreuses discussions. Par la suite, les vacances sont arrivées. Repos, recul et réflexion. Puis, récemment, un article dans le ELLE Québec : Les « slasheuses », ces polygames professionnelles. Dans cet article, je découvrais pour la première fois le terme « slasheuse », étant pourtant si familière avec le concept. Principalement des jeunes de la génération Y, les « slasheurs » sont des professionnels qui cumulent différents projets et en font leur gagne-pain. Leur appellation vient de « slash », cette barre oblique qui divise et unifie à la fois une énumération de titres ou de mots. Par exemple, pour illustrer à nouveau mon statut professionnel, je pourrais simplement le faire ainsi : professeure de danse/gestionnaire de projets/blogueuse/entrepreneure.

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Cet article et les lectures que j’ai faites par la suite m’ont réconciliée et réconfortée concernant ma position sur le marché du travail. J’ai trouvé inspirant de lire le récit de femmes qui portent plusieurs chapeaux professionnels et qui s’amusent à travers cela. Je suis pourtant entourée de femmes de ce genre quotidiennement. Je collabore avec elles, je suis leurs nombreux projets et j’alimente mon propre travail par leurs exemples. Cependant, cet article m’a rassurée. Il m’a ouvert les yeux. Ce que je construis est davantage que du pelletage de nuages. En 2016, il est « normal » de suivre plusieurs chemins. Arrêter de me justifier. Être fière du travail accompli chaque jour. Même si ce n’est pas usuel, même si le résultat ne se fait pas sentir immédiatement. L’important est d’avancer, d’aimer ce que l’on fait, de développer ses compétences, sa versatilité et de se laisser inspirer.

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Je suis consciente des embûches à rencontrer. Ça ne sera pas facile ni parfait. Il faudra travailler d’arrache-pied. Je n’aurai aucune sécurité d’emploi. L’échec est une possibilité. Néanmoins, je suis aujourd’hui plus en paix avec ces faits. J’ai la chance de faire des essais, de trouver ma voie, de suivre mes envies. Cela n’a pas de prix. Peut-être aurai-je à revoir ma position d’ici quelques années. Alors que sera, sera ! Pour l’instant, j’ai envie de me lancer, d’expérimenter et de m’amuser, de voir où cela me mènera, car les possibilités sont infinies. Je suis aussi plus en paix avec mon statut de travailleuse multidisciplinaire. J’assume davantage mon côté entrepreneurial. Peut-être parce que maintenant, j’ai un titre officiel (eh oui ! on peut sortir la fille du bureau, mais pas la bureaucratie de la fille !) : slasheuse ! Ça sonne bien à mes oreilles !

Référence de l’image à la une

À propos de moi

La danse fait partie intégrante de la vie de Marie-Pier. Initiée très jeune, elle se dirige professionnellement vers l’enseignement de la danse et intègre, suite à sa formation en Danga, la pratique du yoga à sa pédagogie. La technique est primordiale pour elle, mais elle ne doit jamais être travaillée au détriment de la notion de plaisir. La créativité est au cœur de son travail. Elle désire aider les gens à se surpasser et à trouver leur propre façon de bouger. Marie-Pier adore écrire, c’est pourquoi elle collabore à la rédaction de billets pour Bohos.

1 Comments

Marie-Pier
Reply 30 septembre 2016

Wow!!! Très inspirant!!!☺️

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