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Le lâcher-prise


Le lâcher-prise est un mot si facile à placer dans une conversation. Il y a toujours quelqu’un pour nous dire de lâcher-prise sur quelque chose ou pour nous annoncer fièrement qu’il « pratique le lâcher-prise ». C’est tellement passe-partout ! Mais au fond, qu’est-ce que le lâcher-prise ? Déjà, juste le mot m’a fait longtemps angoisser : « lâcher la prise ». Je m’imaginais accrochée au flanc d’une montagne où la seule option pour m’en sortir était d’ouvrir les mains, de me laisser tomber et d’espérer qu’un filet se déploie sous mon corps déboulant dans le vide. La vie nous tend rarement des filets, alors comment pratiquer le lâcher-prise en toute sécurité ?

Pour moi, lâcher-prise ne veut pas dire de tout lâcher, de tout laisser aller. C’est « simplement » (parce que ce n’est pas si simple) de renoncer à tout contrôler. C’est l’action dans l’inaction.

Une histoire représentant le lâcher-prise a été racontée, il y a plus de deux millénaires, par le philosophe chinois Tchouang-tseu, et plusieurs autres penseurs et philosophes l’ont repris depuis. Tchouang-tseu, à qui ont a attribué la naissance du taoïsme, parlait du non-agir. Pour l’illustrer, il racontait l’histoire d’un nageur qui allait traverser une rivière très agitée. À priori, il paraissait impossible pour un homme normal d’atteindre l’autre rive à cause du courant qui était trop important, mais cet homme y est parvenu. Quand on l’interrogeait sur son exploit, le nageur répondait que sa prouesse n’en était pas vraiment une puisqu’elle était due à son non-agir une fois dans l’eau. Au lieu de se débattre contre le courant, de s’épuiser ainsi et d’éventuellement perdre toute sa force, puis de se noyer, l’homme s’était laissé aller au fil des remous, faisant confiance à la rivière. Il savait qu’il allait se rendre de l’autre côté et il était en paix avec l’idée de laisser la rivière décider pour lui de son point d’arriver.

Pour moi, c’est ce que représente le lâcher-prise. C’est quelque chose qui nous permet de continuer de vivre sans vouloir tout contrôler, d’agir sans se soucier du résultat. Avoir confiance en la vie et croire qu’elle nous mènera à bon port, même si ce n’est pas le port prévu à la base.

Ce que je fais en premier, pour me mettre dans un état de lâcher-prise, c’est d’accepter que je ne puisse pas changer le cours de certains événements, ce qui me permet de me protéger de toutes les émotions négatives qui pourraient surgir face à ce que je vis. Plus globalement, l’acceptation irait jusqu’à s’accepter soi-même. Accepter ce qu’on est nous permet d’arrêter de nous obliger à être la personne qu’on souhaite devenir, mais qu’on ne sera jamais. Un jour, on m’a dit que l’acceptation crée de l’empathie et j’ai trouvé que c’était en effet un outil super pour lâcher-prise. Au lieu de vouloir contrôler l’autre (ou soi-même), on vit dans la compassion des faiblesses des autres (ou des siennes) et on vit avec moins d’attentes, donc avec moins de soucis liés au résultat. L’empathie et la compassion mènent au lâcher-prise et vice versa.

Une autre manière pour moi d’atteindre cet état de liberté qui me permet de lâcher-prise, c’est de me répéter le mantra suivant : « Tout est parfait ». Ou aussi : « Tout arrive pour une raison ». Bien sûr, des fois, la raison des choses est difficile à voir quand l’événement vécu est tragique et c’est OK de ne pas croire à ce mantra à tous instants. Mais lorsque ça fonctionne pour moi, je me rends compte qu’il n’y a pas d’objectif à se battre contre les aléas de la vie. Autrement, je pourrais utiliser mon énergie à découvrir ce que l’événement peut m’apporter de positif. Prendre une distance et prendre le temps de laisser retomber la poussière pour me détacher des émotions vives précédant l’acceptation permet plus facilement de me plonger ensuite dans le « Tout est parfait ».

Ce qui m’amène à l’importance du temps. Pour lâcher-prise face à un événement, je me suis rendu compte que cela prenait de la patience. Trop souvent, je me mets de la pression pour que ça se règle rapidement et je me retrouve à travailler à lâcher-prise sur ma volonté de lâcher-prise. Cela va souvent beaucoup trop loin, comme lorsque j’essaie de me projeter à long terme dans quelque chose. J’ai souvent besoin de le faire, mais en même temps, cela m’angoisse puisque j’ai peur de rester prise quelque part. C’est pour cela que j’essaie présentement de me mettre des objectifs plus larges, qui peuvent être atteints de plusieurs manières. Par exemple : « Je vais partir en voyage cette année. » Ou « Je vais trouver une manière de travailler à mon compte avant 2018. » Je ne sais pas où ni comment, mais je m’aligne sur ces objectifs et cela me permet de lâcher-prise sur ma volonté de contrôler mon avenir.

Ces trucs et idées autour du lâcher-prise sont ceux que j’ai découverts comme étant efficaces pour moi, vous en trouverez sûrement plusieurs vous-même. Mais de manière générale, je me dis que si on continue à vivre en gardant les mains et le cœur ouverts, prêts à attraper la prochaine vague, ça va juste bien aller. Ça fait peur encore parfois, et ma maîtrise de cet art n’est pas parfaite, mais ça s’en vient ! Surtout que malgré tout, ces efforts mènent à tout coup à un état de joie et de sérénité. Cela nous permet de prendre la vie avec calme et ouverture, sans colère ni appréhension. Et si jamais je n’y arrive vraiment pas, l’un de mes derniers trucs, c’est la visualisation. Je médite et je visualise des événements que je voudrais voir arriver. Je lance le tout dans l’univers et je laisse le courant travailler pour moi, en tâchant d’arrêter d’y penser constamment. Et vous savez quoi, l’univers répond plus souvent qu’on ne le croit et c’est dans ces moments-là qu’on prend conscience de la pleine puissance du lâcher-prise.

À propos de moi

Après avoir étudié dans plusieurs domaines artistiques, Jaëlle étudie maintenant la vie. Passionnée et connectée à la joie, elle souhaite pouvoir inspirer les autres à trouver de la lumière dans leur quotidien.

4 Comments

Nadia Roy
Reply 3 février 2017

Ce que tu décris là me fait tellement penser à un accouchement naturel en maison de naissance. Quel acte plus imagé du lâcher-prise que de celui de s'abandonner à la puissance de notre corps qui donne naissance, et à la douleur fulgurante qui l'accompagne. La seule façon de rester calme et sereine, c'est d'accepter la douleur et de se laisser porter par elle, en relâchant les épaules pour la laisser faire son travail plutôt que de se crisper contre elle et d'avoir encore plus mal. Probablement la plus belle expérience de ma vie!

    Jaëlle
    Reply 9 février 2017

    Ahh merci pour ton partage, Nadia. Je n'ai jamais accouché et pour être franche, j'ai toujours eu vraiment peur d'être obligé de passer par là. Mais la manière dont tu décris la chose me parle beaucoup, et me rassure.

    Merci pour ça!

Jacqueline
Reply 5 février 2017

Superbe, cher Phares; merci pour ce partage.

    Jaëlle
    Reply 9 février 2017

    Merci à toi Jacqueline! :)

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