Par 

La danse, la transe et la transcendance !


Il y a quelques mois, je me suis lancée tête première dans une formation professorale de YogaDanga. Sans exactement pouvoir définir ce qu’était le « Danga », autre qu’une combinaison de danse et de yoga, j’ai senti l’appel de me joindre à ce laboratoire d’expérimentation dirigé par Mylène Roy. Je me suis laissée porter par cet élan, sans me douter que ce voyage allait se révéler un tremplin vers l’inconnu, un apprentissage de la liberté à travers les contraintes et une quête de transcendance.

Je l’avoue, j’ai hésité un peu. Autant mon instinct me poussait à faire partie de la cohorte, autant je me demandais si c’était la bonne chose à faire. Ça n’avait jamais été dans mon plan de devenir prof de yoga, alors pourquoi cette formation-là, maintenant ?

Venant de la fille qui avait de la misère à méditer cinq minutes en position assise, disons que c’était assez surprenant. Je dirais que c’est justement cette volonté de surmonter mes blocages internes qui m’a poussée à emboîter le pas à cette aventure. Le désir de faire de la place au silence dans mon horaire trop chargé. Un moment de lucidité qui m’a poussé à écouter la petite voix intérieure qui suppliait : « STOP ! Si tu continues comme ça, allô le burn-out ».

Sans m’étendre ici sur la richesse du parcours corporel qui s’ensuivit, j’aimerais parler d’un sujet qui nous a été donné à étudier durant notre formation : la transcendance. Du latin transcendens, de transcendere, franchir, surpasser, la transcendance incarne l’idée d’un dépassement ou d’un franchissement. C’est le caractère de ce qui est au-delà du perceptible et des possibilités de l’intelligible.[1]

Notre corpus de livres était riche sur le sujet. Qu’il s’agisse des Sutras de Patanjali, de l’étude du Pranayama à la Bhagavad-Gita, plusieurs pistes nous permettaient de répondre à la question : qu’est-ce que la transcendance pour nous ?

Une lecture a été particulièrement marquante dès les premières pages. Dans l’introduction du livre The Yoga Tradition, Georg Feuerstein est venu donner un sens à ma formation. Faisant un résumé des recherches approfondies qui sous-tendent son œuvre, il met en lumière le travail de scientifiques créatifs comme Gary Zukav, qui postulent que nous ne sommes pas aussi séparé du reste du monde qu’on voudrait bien le croire. La vie est un continuum de création. Les humains essaient de se comprendre et de décrire le monde qui les entoure en créant des modèles, en conceptualisant, en programmant. De la même façon que nous créons des religions pour donner un sens à notre vie, nous découvrons des systèmes et des formules mathématiques pour synthétiser le monde. John Lilly va jusqu’à dire que la science

n’est autre qu’une « simulation de Dieu ». Ainsi, l’art, la spiritualité et la science prennent élan à la même source.

Feuerstein soutient qu’il faut amener ce besoin vital [cette quête de transcendance] au niveau conscient. Mais pas aussi facile à dire qu’à faire ! Notre bon ami Freud dirait qu’il faut libérer le « refoulé » pour que s’opère un changement. J’imagine désirs, souvenirs, peurs, juste à lire ce mot ; tant de choses qui dorment sous la surface. Pourtant, on a beau repousser cette part d’ombre au plus profond de notre inconscient, elle finit toujours par ressurgir au moment le moins opportun. Comme le dit le dicton : « Il faut se méfier de l’eau qui dort.[2] »

Accepter la part de noirceur à l’intérieur de nous est aussi accepter que cette noirceur fasse partie du monde. Nous sommes lumière et ombre, nous sommes polarités et chaque micromouvement fait écho dans l’univers entier. Évidemment, ce discours de l’Est va tout à fait à l’encontre du système basé sur la productivité, l’efficacité et l’individualisme qui règne aujourd’hui en Occident. Il s’avère d’autant plus important, à l’ère des « sacro-saints » réseaux sociaux, de se détourner du monde égotique artificiel pour reconnecter avec notre propre intériorité. L’être humain est un être multidimensionnel capable de se transcender. Ça, on ne vous le vantera pas sur Facebook ou ailleurs. De reconquérir notre propre pouvoir en tant qu’individu est un tabou dans notre société basée sur la peur, les apparences et le jugement.

Ce que nous apprennent surtout les modèles yogiques, c’est que nous avons toutes les clés en main pour accéder aux états de conscience supérieurs, nous rappelle Georg Feuerstein. Revenir à sa respiration naturelle est peut-être le chemin le plus simple pour atteindre le samadhi, cet état de totalité absolu, un autre mot pour désigner la transcendance. La méditation, la respiration et les postures sont autant de moyens pour parvenir à cet état second, où le surmoi se dissout pour faire place à une conscience globale unique.

Dans The Yoga Tradition, l’auteur rappelle également qu’il serait vain de tenter d’adopter les enseignements de l’Est sans les assimiler intellectuellement et émotionnellement. Il suffit de jeter un œil à la panoplie de cours et de retraites sur le marché pour constater qu’une grande majorité est vidée de son sens philosophique et spirituel. On confond souvent le « yoga » avec une forme d’exercice. Feuerstein nous incite à revenir à l’essence ; le yoga comme art de vivre.

Ce livre est un must pour toute personne cherchant à dépasser ses limites, à approfondir sa pratique du yoga, voir même à réussir dans la vie. Pour moi, l’aventure ne fait que commencer. J’ai découvert, dans mon expérimentation avec le mouvement, un terreau fascinant qui me permet de revenir à l’essence même de l’expression de mon être authentique.

Qu’est-ce qui s’est passé à la fille-trop-stressée-pour-méditer ? J’ai commencé à intégrer la méditation à mon quotidien (je mentirais en disant que je réussis à le faire tous les jours, mais la prise de conscience constitue en soi une amélioration). Je médite en position assise avec un cadran qui fait « bip, bip » pour me rappeler lorsque le temps est écoulé. Quelque chose de magique s’est produit depuis, le cinq minutes passe trop vite et je me surprends à en redemander ! J’ai même commencé à visualiser un univers secret, dont les seules limites sont celles fixées par mon imagination.


[1] Wikipédia <https://fr.wikipedia.org/wiki/Transcendance>

[2] Jean Giono, Provence, Folio, 1995.

Photo à la une: Ariane au Freakeasy Circus // Montréal en Lumière

 

À propos de moi

Titulaire d’un Baccalauréat en Communications journalisme et cofondatrice du collectif Eden Creative, Ariane est une artiste multidisciplinaire qui jongle avec les arts de la performance, de la danse, de l’écriture, du théâtre et du danga en explorant ces polarités claires obscures qui nous définissent comme être humain.

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais partagé. Les champs exigés sont marqués.