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À la recherche du gourou


Il fallait que je parte. Il fallait que je me rende de l’autre côté du jour, à l’envers de notre monde. Je ne savais pas trop pourquoi, mais je devais aller en voyage, faire confiance à l’appel, oser quitter mon rythme pour mieux me connecter à mon propre rythme interne (à ma fibre voyageuse), permettre à mes yeux de se reposer, de retrouver leur éclat à travers les couleurs naturellement vibrantes de Bali, la magnifique. Ce voyage se voulait une sorte de rite de passage, celui de la fin du tourbillon de la vingtaine, dans l’accueil de la sagesse de la trentaine. Certes, il était aussi question de yoga dans le but de me former professionnellement et personnellement, afin de trouver la révélation, de trouver un maître qui allait me porter à travers cette quête d’ancrage, d’enracinement.

À travers ce voyage, je cherchais le gourou, celui qui allait m’apporter l’étincelle pour activer la flamme intérieure. Celui qui allait me montrer comment devenir plus sage. Celui qui allait souffler sur la brume accumulée pour me faire voir le monde autrement.

Dans l’hindouisme, le gourou est désigné comme étant un enseignant spirituel, celui qui disperse la noirceur pour aider à éveiller la conscience.

À travers la vingtaine, j’ai eu la chance d’en rencontrer, puisqu’ils se sont présentés sur mon chemin, tout bonnement, sous diverses formes. Ils m’ont beaucoup appris, m’ont formée, m’ont enseigné un système de valeurs, de connaissances, de savoirs. J’étais prête, en quittant Montréal, à remplir ma valise « de savoir-être et de savoir-vivre » en voyage.

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Ma compagne de voyage et moi avons parcouru les centres de yoga à Bali. Pour trouver ZE gourou, on a fouillé chaque jour dans les classes, à l’attendre sur notre tapis de yoga. À travers ces pratiques quotidiennes, dans le moment présent, dans le flow, le corps en mouvance laisse émerger beaucoup d’émotions et de réflexions, mais une lumière était toujours manquante. Il m’arrivait même de remettre en cause la pertinence et l’expérience de certains professeurs, me questionnant sur la raison pour laquelle j’avais mis les pieds dans ce local et accepté d’être guidée ainsi. J’étais entêtée à le trouver, ce gourou.

À Bali, j’ai été confrontée au bombardement du culte du bien-être. Je me laissais nourrir par le beau, mais cette question me revenait à l’esprit : Qu’en est-il du vrai ?

Je ne suis pas la seule à m’être questionnée à ce sujet. Entre autres, un article publié dans la Presse dernièrement : « Bien être à l’extrême » apportait son point de vue sur l’obsession du bien-être. Il devient parfois confrontant de faire la part de choses, de trouver l’équilibre dans les extrêmes, surtout lorsqu’on est nous-mêmes adepte de ce mouvement et prof de yoga. 🙂 J’abonde dans le même sens que Fannie Dagenais, la nutritionniste collaboratrice de cet article, qui exprime : « d’un côté, “que ce soit à la mode, ça peut être très positif”, ça amène les gens à faire attention à ce qu’ils vont mettre dans leur assiette et à cuisiner à la maison, ce qui est généralement de meilleure qualité. » Et cela s’applique à plusieurs sphères de la vie, de la santé jusqu’à la décoration de sa maison. Effectivement, je ne pratique pas cette profession sans prôner exactement ce qui est dit ci-haut, c’est-à-dire de sensibiliser à la connexion corps-esprit-cœur. Moi-même, je m’inspire en fouillant sur Pinterest et en lisant une panoplie de blogues sur le mieux-être. Que dire des produits naturels à base d’huiles essentielles, des rituels ayurvédiques et des cartes de croissance personnelle ? J’adore ça !

Ce chemin vers le bien-être est une quête qui se réalise en s’observant, en effectuant ses recherches, en choisissant et en prenant des décisions éclairées qui nous ressemblent. Selon moi, l’inspiration est vitale, tout comme le besoin de création, c’est ce qui nous permet de nous réaliser dans nos vies. Il est sensé être guidé dans cette quête du bien-être et dans la construction de son Soi, mais il n’en revient qu’à nous de trouver comment nous pouvons intégrer ce qui est appris, de l’adapter et de le façonner à notre image, à nos valeurs.

Marie-Pier Leclerc, cofondatrice de Yoga Omkara et voyageuse, nous partage son expérience sur l’« inner guru » : « C’est en étant fortement confrontée à des valeurs qui n’étaient pas les miennes, à l’autre bout du globe, que je me suis rendu compte que mes propres valeurs n’étaient plus les miennes, que je suivais ma route avec les yeux de ceux qui ont été là avant moi et que j’ai laissé s’imprégner en moi. Quand j’ai réalisé ça, je me suis sentie perdue. Seule face à une personne que je ne connaissais pas : moi. Et c’est à partir de ce moment que j’ai compris toute la force et toute la liberté qui m’habitaient. J’avais le choix, consciemment, de devenir qui je voulais réellement être. J’ai donc choisi d’ouvrir mon cœur avec des yeux nouveaux, des yeux qui voyaient pour la première fois. Je pense que ce qui nous empêche de libérer notre gourou intérieur, c’est la crainte de se lancer dans le vide, mais ce vide a cette étourdissante folie qui est à la base de toute vérité. Encore faut-il le découvrir soi-même. »

Au jour le jour, qu’en est-il de cette petite voix qui chuchote au fond de notre cœur, au fond de notre ventre, lorsqu’on vient à se questionner, à s’orienter ? Cette petite voix qui s’appelle l’intuition ou que d’autres appellent le « gourou intérieur ». Une fois qu’on est pisté (par un livre, par une personne, par un enseignant), il y a cette partie qu’on préfère mettre de côté quand on arrive à la maison : ses devoirs ! Et par là, j’entends de mettre en action notre sadhana, notre pratique personnelle. Certes, les enseignants sont des références qui sont là afin de nous soutenir vers notre quête. Ils nous mettent en contact, avec les autres et surtout, avec nous-mêmes. Ils nous permettent d’ouvrir et de découvrir des portes secrètes, cependant, il n’en tient qu’à nous de décider de les ouvrir, ces portes, et d’accepter de nous regarder tels que nous sommes.

C’est ici que j’ai retrouvé mon gourou. Pas dehors, mais en dedans de moi, enfermé derrière l’une de ces portes, un peu endormi.

Le voyage m’a permis de m’arrêter, de prendre une pause, de regarder la vie autrement. J’ai aussi réalisé que c’est encore mieux quand on se laisse porter, sans rien organiser à l’avance. Ça permet de se déposer pour mieux s’élever en laissant notre intuition nous guider. Il m’a fallu le réveiller et le nourrir par la méditation, par la lecture, par la marche en nature, par les couchers de soleil et par ma pratique personnelle de yoga.

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Des fois, il faut accepter de se perdre pour mieux se retrouver et il faut permettre à certaines choses de mourir pour les laisser revivre sous une nouvelle forme.

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Si vous vous promenez à Bali, même si le gourou est à l’intérieur de vous, vous pouvez aller dire bonjour à des « outer gurus » dans ces lieux inspirants :

Voici quelques recommandations :

The Practice (Canggu) : www.thepracticebali.com

Desa Seni (Canggu) : www.desaseni.com

Yoga Barn (Ubud) : www.theyogabarn.com

Taksu (Ubud) : www.taksuyoga.com

Bali silence retreat (Tabanan) : www.balisilentretreat.com

Crédit images : Danièle Proulx (la compagne de voyage)

À propos de moi

Diplômée du Département de danse de l’UQAM (enseignement en 2011 et interprétation en 2010), Julie est une passionnée du mouvement tant esthétique qu’holistique. De plus, elle a complété sa certification Sivananda de 200 h et sa certification en yoga pré et postnatal avec Marie-Hélène Tapin. Elle affectionne la technique du yoga vinyasa tant dans son enseignement que dans sa pratique. Très active dans son milieu, elle enseigne la danse à l’école, le yoga dans son quartier élargi et a un faible pour la périnatalité. Toujours à l’affût des nouveautés culturelles, elle s’implique dans l’organisation de formations et d’évènements artistiques et communautaires. Bref, elle met son nez partout ! Julie est une sensible\inspirée\attentive\yogini.danseuse\serveuse\amoureuse\amie qui vous proposera des billets sur tout ce qui englobe notre connexion au corps créatif, physique, empathique et vibrant.

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