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Les femmes et la médecine


Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, les rendez-vous médicaux, du plus bénin au plus malin, me glacent le sang. Je n’ai pourtant pas subi de traumatismes ou de problèmes de santé importants. Reste qu’il y a, dans ces rencontres avec les professionnels, quelque chose d’impersonnel, de distant, de parfois douloureux, de gênant et d’effrayant. Après tout, c’est notre corps qui est en « examen ». Qu’y a-t-il de plus personnel que le corps, sans compter la position vulnérable dans laquelle il se retrouve ?

L’histoire de la médecine « féminine » est assez jeune comparativement à l’histoire de la médecine générale. En effet, malgré quelques interrogations entamées au 16e siècle sur le processus d’accouchement, la gynécologie dite médicale ne fit l’objet d’études au niveau universitaire qu’à partir de 1963. Malgré les recherches et études faites précédemment, entre autres par J. Marion Sims, père de la gynécologie américaine dans les années 1850, les interventions restent timides, vu la nature intime de celles-ci, et sont avant tout des expérimentations visant à contraindre les femmes souvent considérées comme hystériques ou hypocondriaques. Encore aujourd’hui, certains spécialistes se questionnent sur les pratiques de la gynécologie moderne. La journaliste scientifique Peggy Sastre, spécialiste de Nietzsche et de Darwin, propose dans son ouvrage Le Sexe des maladies de mieux comprendre l’impact du genre sur les problèmes de santé et leur traitement. Elle parle, entre autres, du déséquilibre dans le domaine de la recherche où le sexe masculin en tant que sujet, autant sur les cobayes animaux qu’humains, domine, mais aussi des stéréotypes reliés aux maladies affligeant davantage les femmes. Les corps de l’homme et de la femme sont tellement différents. Juste au niveau hormonal, la femme fait face régulièrement à des changements. Comment ne pas prendre ce paramètre en compte lors d’afflictions ou des traitements ? Comment, aussi, ne pas banaliser des comportements plus émotifs en lien avec ces changements dans l’approche d’un patient ? Car oui, malheureusement, les stéréotypes sont encore présents.

Heureusement, de plus en plus de militantes émergent, se font entendre et remettent en question les pratiques actuelles. C’est le cas de Charli Lessard qui, suite à plusieurs expériences désagréables au sein de cabinets médicaux, a créé, avec amis et collègues, Gynéco Positive. Cette initiative propose une liste de professionnels de la santé aux pratiques plus humaines, féministes et anti-oppressives de la gynécologie. Suite à la lecture de cet article du Devoir, je me suis questionnée sur mon rapport avec les spécialistes. J’ai eu la chance, jusqu’à présent, d’avoir d’excellents médecins. Reste qu’une multitude de femmes racontent des expériences peu reluisantes, voire réductrices. Elles peinent à trouver un professionnel, et ce, de façon régulière. Lors d’un examen, notre personne est dans un état extrêmement vulnérable. Sans parler de la nudité dévoilée à un inconnu, le corps est souvent dans un état de douleur et notre tête, dans l’incompréhension et la peur. Nous voulons, d’abord et avant tout, savoir ce qui se passe, mais aussi être rassurées, du moins, traitées avec humanité. Justement, j’en discutais avec un ami médecin. Je suis consciente que ce n’est pas la tasse de thé de tous, que leur rôle n’est pas celui d’un psychologue et que le système de santé ne favorise pas toujours un contact chaleureux et « personnalisé ». Malgré tout, comme le souligne Patrick Lagacé dans sa chronique « Avez-vous fini ? J’ai un autre patient qui m’attend. », tout dépendamment de la situation, du cas, s’adresser à un patient demande de l’humanité, du doigté, de la délicatesse… Non pas du jugement, de l’indifférence et de la condescendance.

Pour conclure, et afin de vous amener sur des pistes de réflexion personnelle, je vous propose de lire l’article de Whitney Cummings, « How I Learned to Break Up With Bad Doctors ». Sous un ton humoristique, elle raconte comment elle en est venue à être plus sélective, et surtout plus affirmée, quand vient le temps de « choisir » ses spécialistes. Comme quoi, nous ne sommes pas obligées de subir et nous pouvons rester maîtres de notre corps et de nos décisions, même si nous ne sommes pas des sommités du domaine de la médecine. Je sais, plus facile à dire qu’à faire, surtout lorsque l’attente pour accéder à des soins ou à des médecins est longue. Cependant, il est intéressant et puissant de reconnaître nos possibilités, notre force d’action et de décision.

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À propos de moi

La danse fait partie intégrante de la vie de Marie-Pier. Initiée très jeune, elle se dirige professionnellement vers l’enseignement de la danse et intègre, suite à sa formation en Danga, la pratique du yoga à sa pédagogie. La technique est primordiale pour elle, mais elle ne doit jamais être travaillée au détriment de la notion de plaisir. La créativité est au cœur de son travail. Elle désire aider les gens à se surpasser et à trouver leur propre façon de bouger. Marie-Pier adore écrire, c’est pourquoi elle collabore à la rédaction de billets pour Bohos.

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