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La décroissance personnelle


On parle beaucoup de décroissance, ces temps-ci, la décroissance sociale se présentant comme étant la solution ultime pour sauver la planète. Je suis la première à croire en cette solution qui me semble évidente. Depuis que je tends vers le zéro déchet, je m’oriente aussi vers cette décroissance : diminuer nos achats, notre consommation, réduire nos envies superflues, reconnecter avec nos besoins réels. Mais qu’en est-il de la décroissance… personnelle ? Bien sûr, je ne veux pas discréditer tous ces ouvrages sur la croissance personnelle, mais je commence à croire que, parfois, ce qu’il nous faut pour être vraiment heureux, c’est de nous consommer moins nous-mêmes.

J’ai toujours eu tendance à être à on tout le temps. Je veux être efficace, productive, toujours être en train de travailler sur quelque chose puisque j’ai mille et un projets et qu’aucun d’entre eux (ou presque) n’a vu le jour encore. La société nous entraîne là-dedans : il faut avoir un plan de carrière, des passions (pour ça, par contre, je suis OK), un abonnement au gym, un livre à lire ou un podcast à écouter dans l’autobus, se mettre à jour sur les médias sociaux, avoir du temps de qualité avec ses proches… D’ailleurs, je déteste cette expression : de qualité. Je veux dire, n’importe quel temps passé avec quelqu’un que j’aime est du « temps de qualité ». Encore une fois, on se met trop de pression pour que ce temps soit parfaitement « utilisé ». De toute façon, depuis quand pouvons-nous « utiliser » le temps, cette conception humaine qui mesure des durées ? Les humains sont les seuls à avoir rationalisé le concept du temps, comme dans l’expression « avoir un passe-temps ». Pour passer quel temps ? Souvent, il n’en reste plus ! On s’entend que même si nos journées avaient 30 heures, on en voudrait 40.

Je me mets donc une énorme pression pour faire quelque chose de pertinent avec mon « temps », mais c’en est trop. À l’ère des followers, des entrepreneurs, des start-up, je me sens invalide parce que je n’arrive pas à faire partie de ce monde, celui de ceux qui accomplissent des affaires. J’ai mille et une idées, mais cette pression liée à l’obligation de « réussir » est trop forte, alors je flanche et je passe autre chose. Mes épaules sont surchargées… mon agenda aussi.

Donc, dernièrement, j’ai été malade : un petit virus qui m’a amené de grandes réflexions. En plus d’immigrer dans un nouveau pays, de commencer un nouvel emploi, de me faire de nouveaux amis, de passer mes week-ends en mode touriste, je trouvais que je n’en faisais pas assez, alors je me suis brûlée. Finalement, une fièvre m’a obligée à rester au lit toute une journée… TOUTE UNE JOURNÉE ! Je ne me rappelle pas de la dernière fois où j’ai fait ça. Au début, je me sentais même coupable d’être couchée. Je me sentais obligée de profiter de cette journée de congé pour lire un livre, pour faire du collage ou pour répondre à des courriels… Mais quand je me suis rendu compte que, finalement, ça me faisait du bien de manger un bol de soupe dans mon lit en regardant Harry Potter, quelque chose a switché.

On dirait que j’ai maintenant envie de ralentir. Et juste en écrivant cela, je me sens coupable (encore) parce que j’ai l’impression que, comme je n’ai jamais rien fait, je n’ai rien à ralentir… Mais bon, justement, la question est d’arrêter de mettre l’accent dans notre vie sur les choses « accomplies », parce qu’être un bon humain ou permettre à d’autres humains d’être meilleurs est déjà un énorme accomplissement. Je décharge donc mon horaire mental en retirant des activités de mon horaire papier. En effet, dans toute cette folie, c’est surtout mon intuition que j’ai mise de côté. Toute cette pression m’a déconnectée d’elle ; je n’étais plus capable de l’entendre.

C’est pourquoi je prends la décision de ralentir. Ma valeur ne sera plus associée à ma productivité, mais à l’humain que je suis à l’extérieur de mes achèvements professionnels. Je ne veux plus me sentir coupable de « perdre mon temps ». Je veux laisser encore plus de place à mon intuition puisque c’est elle qui me guide le mieux, et non pas Instagram, les deadlines ou les appels à projets. Finalement, regarder un film peut aussi servir de méditation inconsciente, aller prendre un verre avec une amie peut être inspirant et changer une vie, et marcher au lieu de se garrocher dans le métro pour arriver au plus vite permet clairement de s’ouvrir le cœur, l’esprit et les yeux sur le monde.

Donc, ralentissons, décroissons nos attentes envers nous-mêmes : rien n’est une « perte de temps » puisque le concept de temps n’existe pas dans le réel. Suivons nos intuitions et faisons-leur confiance parce qu’elles vont éventuellement nous faire sortir du lit. Éteignons notre social value, arrêtons d’être fins tout le temps, d’aider tout le monde, de dire « oui » à tout. Reposons-nous pour y voir plus clair, pour se dire « Je t’aime », pour se dire « Ce n’est pas grave » et pour se rendre compte de la beauté de notre âme.

Sérieusement, moi, je ne suis plus capable. C’est comme si on voulait aller encore plus vite que la rotation de la Terre. On a eu le slow food, est-ce qu’on peut avoir la slow life ? Je vote pour.

À propos de moi

Après avoir étudié dans plusieurs domaines artistiques, Jaëlle étudie maintenant la vie. Passionnée et connectée à la joie, elle souhaite pouvoir inspirer les autres à trouver de la lumière dans leur quotidien.

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1 Comments

Kath
Reply 19 novembre 2018

Oui se faire plaisir en s’écoutant, en osantnerienfaire, juste être là, un régal..

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