Par 

Amour et estime de soi


Vous avez certainement déjà entendu ou prononcé cette petite phrase lors d’une discussion avec l’un ou l’une de vos amis(es) : « il faut s’aimer pour être aimé ». Pourtant, malgré tout, cette vision me semble simpliste, car les choses ne sont jamais blanches ou noires, et l’on minimise la puissance de se sentir aimé et apprécié par les gens qui nous entourent.

Dès notre plus jeune âge, nous construisons notre personnalité grâce à trois composantes essentielles (comportementale, cognitive et émotionnelle). L’attachement et le lien affectif que nous développons avec nos parents, et autres individus évoluant dans notre sphère, aident à notre développement et à l’affirmation de notre moi. Grandir en ayant été aimé, en ayant reçu l’attention nécessaire, permet à l’individu de développer des comportements sociaux équilibrés, comme nous l’expliquent plusieurs théories sur le développement de l’enfant (voir Ainsworth, Bowlby…), qui se sont étendus à l’adulte. Avoir le sentiment d’être apprécié et aimé par autrui est tout aussi important dans la construction de notre personnalité que le regard personnel que nous portons sur nous-même. Il aide à se forger une identité positive. Cela nous rend plus ouvert, plus apte à faire confiance aux autres, plus résilient face à la vie.

Oui, il faut apprendre à s’aimer soi-même, mais apprendre à s’aimer, c’est aussi se sentir aimé. L’un découle de l’autre. Car malgré tous les efforts que nous prodiguons envers notre personne, nous sommes cependant incapables de nous aimer nous-même.

Pourquoi ? Parce que notre moi, comme l’explique le psychiatre et psychanalyste Patrick Lambouley, est en compétition avec notre idéal. Et un idéal, par définition, reste quelque chose d’inatteignable, car il symbolise la perfection absolue. Du coup, l’opinion que nous avons de nous-même est alors tronquée, ce qui nous pousse à nous dévaloriser.

Effectuons un petit saut dans le temps.


Les grecs avaient quatre termes pour désigner l’amour :

  • Éros, qui correspond à l’amour physique et charnel, au désir.
  • Philia, désignant les relations d’estime mutuelle, l’amitié réciproque, la camaraderie.
  • Agapè, symbolisant l’amour désintéressé, inconditionnel, universel.
  • Storgê, qui est l’amour familial, filial.

Tous ont leur importance et jouent chacun un rôle dans la construction de notre estime.


Nous avons tous expérimenté les bienfaits que procure le sentiment d’être aimé, entouré et apprécié dans notre cercle professionnel, amical et familial. C’est un sentiment qui nous nourrit, un renforcement positif. D’un autre côté, combien le fait d’être rejeté, rabaissé, diminué peut-il avoir un impact fort sur l’estime que nous nous portons ? En résulte alors un mal-être qui, à long terme, fragilise et peut pousser un individu vers l’isolement.

La qualité de l’estime de soi permet ou non de nous adapter à notre environnement. Outre le fait que nous pouvons également interagir sur notre estime personnelle en la renforçant et en faisant appel au besoin à des professionnels, le fait de se sentir aimé nous permet également d’expérimenter à travers les yeux de l’autre notre propre valeur.

Dans un monde où sans cesse nous sommes agressés, mis à l’épreuve, malmenés, l’amour est un refuge, un havre de paix. Il nous permet de nous nourrir d’énergie positive, ravive notre confiance, nous rend vivant, et atténue les maux et mots négatifs auxquels nous faisons face au quotidien.

S’aimer et se sentir aimé, c’est augmenter l’estime de soi et développer de meilleures capacités d’adaptation face aux expériences de la vie parfois difficiles.

Se sentir aimé n’est certes pas un besoin physiologique, au même titre que s’alimenter, mais cela reste un besoin existentiel. Cela nous permet de donner un sens en quelque sorte à notre existence, car nous nous définissons malgré tout par ces facteurs qui sont notre environnement social, familial et professionnel. Ce sont eux qui, tout au long de notre vie, nous permettent de nous définir en tant qu’individu et de trouver un sens à notre existence en apaisant nos doutes et nos questions existentielles.

Que nous le reconnaissions ou non, le regard de l’autre ne nous est pas indifférent. Il peut être nourrissant autant qu’il peut être une nuisance. Il permet autant de nous aimer que de nous détester.

Alors, l’estime de soi passe-t-elle avant tout par l’amour que nous nous portons ou également par celui que nous recevons ?

Estime et amour sont des notions complexes et multifactorielles. Elles sont comme des poupées russes : plusieurs facteurs sont imbriqués l’un dans l’autre, chacun influençant l’autre.

La seule certitude est que l’amour que nous recevons et l’amour que nous nous donnons sont tout aussi importants.

Je terminerai avec cet extrait d’un magnifique poème de Victor Hugo intitulé « Être aimé » :

Écoute-moi. Voici la chose nécessaire :
Être aimé. Hors de là rien n’existe, entends-tu ?
Être aimé, c’est l’honneur, le devoir, la vertu,
C’est Dieu, c’est le démon, c’est tout. J’aime, et l’on m’aime.
Cela dit, tout est dit. Pour que je sois moi-même,
Fier, content, respirant l’air libre à pleins poumons,
Il faut que j’aie une ombre et qu’elle dise : Aimons !
Il faut que de mon âme une autre âme se double,
Il faut que, si je suis absent, quelqu’un se trouble,
Et, me cherchant des yeux, murmure : Où donc est-il ?
Si personne ne dit cela, je sens l’exil,
L’anathème et l’hiver sur moi, je suis terrible,
Je suis maudit. Le grain que rejette le crible,
C’est l’homme sans foyer, sans but, épars au vent.
Ah ! celui qui n’est pas aimé, n’est pas vivant. […]
Qu’on soit aimé d’un gueux, d’un voleur, d’une fille,
D’un forçat jaune et vert sur l’épaule imprimé,
Qu’on soit aimé d’un chien, pourvu qu’on soit aimé !

 

À propos de moi

Parce que la vie est un voyage, une aventure ; que l’on ne sait jamais vraiment de quoi demain sera fait ; et surtout parce qu’elle n’est pas une question de « pourquoi », mais de « pourquoi pas », c’est en 2009 que Daphné quitte la France pour s’installer au Québec après y avoir passé un an en tant qu’étudiante à l’Université de Montréal en 2001. Curieuse, autodidacte, gourmande et surtout discrète, elle aime utiliser ses sens et savourer le temps qui lui est imparti en s’offrant la chance de pouvoir réaliser le maximum de ses rêves. Amoureuse de la bonne cuisine, des vieilles pierres, du bon vin et des livres, elle espère faire naître le goût des choses bonnes et simples qui nous entourent et qui bien souvent deviennent si familières que l’on ne prend plus la peine de les apprécier : la caresse du soleil sur votre peau, un morceau de chocolat fondant délicatement sous votre langue, la lecture d’un bon livre… Massothérapeute sur ses temps libres, son mantra : « On est tous l’artisan de son bien-être ». Elle évolue d’une passion à l’autre, en espérant rendre les gens heureux, désireux et curieux de pousser d’autres portes afin de découvrir ce qui se cache derrière.

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais partagé. Les champs exigés sont marqués.