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Qui est le plus branché ?


Fiers et majestueux, les arbres se déploient sous nos yeux. Certains nous abritent des intempéries, d’autres, du soleil, tous présentent un aspect rassurant. OK, je vous l’accorde, quelques-uns sont d’apparence sinistre, surtout à la nuit tombée. Mais qu’en est-il vraiment ?

L’arbre ne se résume pas à ce qu’il veut bien nous montrer : écorce, branches, feuilles, fleurs, fruits, parfois même quelques racines sortant du sol ici et là. Détrompez-vous ! À travers lui, et surtout entre lui et ses semblables, un important réseau de communication assure l’épanouissement et la survie de tous. Cela vous étonne ?

Tandis qu’il s’éveille avec l’arrivée du printemps, alors que sa sève remonte doucement, découvrons-le dans toute sa complexité sous le regard sensible et bienveillant de Peter Wohlleben. Ce garde forestier allemand dévoile ses observations dans son livre La vie secrète des arbres : découvertes d’un monde caché, publié aux éditions MultiMondes à plus d’un million d’exemplaires.

Le « Wood Wide Web »

De la même façon que le « World Wide Web », communément appelé « la toile », nous permet de communiquer entre nous, le monde végétal tisserait son propre « Wood Wide Web » selon l’auteur, qui s’est porté à son écoute et qui l’a observé dans une forêt de 1 200 hectares dont l’accès est public, mais refusé aux machineries lourdes et aux pesticides. Il affirme ainsi que les arbres, peu importe leur essence, parlent un même langage, qu’ils communiquent entre eux via un réseau de microconnexions. C’est ensemble qu’ils évoluent, qu’ils s’alimentent et se protègent entre eux, veillant à ce que leurs petits se taillent une place et soutenant ceux qui courbent l’échine de vieillesse.

Dans son ouvrage, il soulève une question importante : « Mais pourquoi les arbres ont-ils un comportement social, pourquoi partagent-ils leur nourriture avec des congénères et entretiennent-ils ainsi leurs concurrents ? » Et voici sa réponse, qui est d’une évidence : « Pour les mêmes raisons que dans les sociétés humaines : à plusieurs, la vie est plus facile. » Lorsque nous sommes seul, que l’on soit arbre ou être humain, nous sommes exposé aux éléments, aux aléas de la vie. Nous ne pouvons compter que sur nous-même et nos possibilités sont limitées. La force d’un groupe — ici, d’une forêt — réside dans la capacité de former alors un écosystème diversifié. Ceci permet, entre autres, de favoriser un certain équilibre des températures et d’agir comme réserve d’eau et de nutriments.

Un fort instinct de survie

Un arbre est loin de rester passif. Il réagit aux éléments, à son milieu. Il peut ainsi attirer l’attention ou, au contraire, la détourner s’il se sent agressé, par l’émission de substances odorantes. Peter Wohlleben compare le phénomène aux phéromones : « Il existe des personnes que nous ne pouvons pas sentir, d’autres au contraire dont l’odeur nous attire irrésistiblement. » Ainsi, dans la savane africaine, une certaine espèce d’acacias renforce la toxicité de ses feuilles lorsque les girafes se montrent trop gourmandes. Le premier attaqué passe aussitôt le mot à ses semblables. Pour continuer leur festin, les girafes doivent ainsi se déplacer jusqu’à une centaine de mètres plus loin. Comment est-ce possible ? Par l’émission d’un gaz, ici l’éthylène, qui prévient les acacias voisins du danger.

Et qui ne s’est jamais approché pour sentir une fleur de pommier, par exemple ? Le message, cette fois, est une invitation, la promesse d’une récolte à venir de fruits frais. L’abeille, elle, la perçoit comme une enseigne au néon lui indiquant le bar ouvert pour faire le plein de nectar sucré. En remerciement, elle contribue à la pollinisation.

Respecter l’arbre comme le sage

À ses débuts comme forestier, Peter Wohlleben déclassait les arbres noueux ou qui comportaient un défaut de conformation. Ils étaient alors abattus pour laisser la place à leurs congénères au port droit. « On attend d’une forêt qu’elle produise de gros troncs prêts à être récoltés en peu de temps », explique-t-il. C’est au contact des visiteurs, qui s’extasiaient devant leur forme étrange et insolite au niveau du tronc, des branches ou des racines, qu’il s’est mis à les voir d’un autre œil.

Afin de préserver nos forêts, il importe de changer notre perception de cette nature qui nous entoure. Un arbre n’est pas que bois d’œuvre, c’est un être vivant qui participe à tout un écosystème dont nous faisons également partie. Cet ouvrage fait état de la situation critique de nos forêts tout en nous présentant l’arbre, et son réseau complexe, sous toutes ses facettes, du point de vue d’un observateur attentif et privilégié. Ce portrait n’est qu’un infime survol des enseignements que nous partage l’auteur. À vous de les découvrir !

À propos de moi

Caroline Barré est romancière, journaliste indépendante, réviseure, traductrice et photographe. Les Éditions Québec-Livres reprennent aujourd’hui son premier roman Assassine et sa série L’héritière de Salem, dont le 5e Tome, Les Mémoires d’Abigail, paraîtra à l’automne 2016. La conclusion de cette saga s’écrit à l’heure actuelle avec le 6e Tome : Doriane. Caroline rêvait d’écrire depuis son plus jeune âge. Outre sa soif de lire et son désir d’écrire, elle affectionne la généalogie et le jardinage. Son inspiration, elle la puise dans ses rêves, mais aussi dans les plantes dont elle ne pourrait se passer. Les mots qu’elle partage sont issus de son expérience de la vie, des réflexions tirées de ce que certains qualifient « d’enseignements », d’échanges et de lectures variés.

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