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L’infertilité : mon expérience


Je ne suis pas de ces filles qui ont toujours su qu’elles voulaient être une « maman ». Pour moi, ce n’était pas un moyen de me réaliser. J’y parvenais bien dans mes relations interpersonnelles, au travail ou bien dans mes divertissements. Je me suis posé plusieurs questions avant d’affirmer être certaine que je souhaitais avoir des enfants. Je ne cherchais pas à combler un vide ou encore faire ce qu’on attend de moi.

Le projet étant tout réfléchi, je voulais transmettre mes connaissances. J’avais ce besoin biologique (un peu difficile à expliquer) de me reproduire. J’ai choisi de partager mon expérience puisque, pour ma part, ça me fait énormément de bien de lire des femmes qui ont dû « dealer » avec l’infertilité à un moment de leur vie. Chaque histoire est unique. Étant une fille performante de nature (non pas que j’ai de la facilité partout), je suis quelqu’un de persévérant et, la plupart du temps — je dis bien la plupart —, je parviens à arriver à mes fins.

Voilà pourquoi la situation en est une des plus difficiles : c’est-à-dire que je suis tel un glacier face aux changements climatiques.

Mon point de vue ici sera celui d’une jeune femme à la fin de sa vingtaine qui est encore aujourd’hui dans le processus de fertilité. Ça fait maintenant deux ans que mon chum et moi sommes en attente de la finalité de notre projet. Étant quelqu’un de très consciencieux de nature, je me suis présentée en clinique de fertilité après un an d’essais infructueux. Nos tests étant normaux de part et d’autre, le diagnostic était : infertilité inexpliquée. Et c’est là que tout a commencé…

Consciencieuse et performante

Voilà deux termes qui me définissent. C’est donc dire que notre entourage, lui, avait compris le problème : j’y pensais trop. Je voulais trop être enceinte, donc ça ne fonctionnait pas. Je devais lâcher prise ! Pourquoi je n’y avais pas pensé avant (un peu se sarcasme ici) ! Même si ce ne sont que des paroles innocentes, vous n’imaginez pas comment ça peut jouer sur le mental. On se dit qu’évidemment c’est de notre faute et non celle du garçon. Parce que jamais on ne fait allusion à ce que « lui » change quelque chose. Supposez que vous dites à quelqu’un de lâcher prise lorsqu’il se cherche un travail. Pas certaine que l’emploi de ses rêves va lui tomber dessus comme par magie !

Étant déjà chamboulés émotionnellement, mon chum et moi avons décidé d’aller en voyage avant de commencer les protocoles de fertilité. La meilleure décision que nous ayons prise, car cela a solidifié notre couple avant les épreuves à venir. C’en est suivi un été de pics hormonaux avec comme trame sonore l’album  Dehors novembre  des Colocs. Et c’est sans oublier les rendez-vous « awkward » à la clinique de fertilité en plus d’une insémination infructueuse. Le moment où je l’ai su, c’était dans les toilettes d’un bar du Vieux-Montréal. J’aurais préféré être dans mon lit avec mon chum à ce moment, mais la vie ne ménage pas les infertiles.

Finalement, j’ai pu compter sur le soutien de mes deux amies de longue date qui étaient présentes. Comme quoi rien n’arrive pour rien.

Difficile de partager ses émotions pour une orgueilleuse comme moi. Montrer mes faiblesses… pas le domaine dans lequel j’excelle. Mais dans ce chaos, on ne décide pas de grand-chose. On apprend beaucoup par contre.

Ensuite, l’automne est arrivé. J’étais pleine de confiance me disant qu’étant tombée assez bas dans l’échelle de la joie de vivre, je ne pouvais que remonter un peu. Non ! Quand on est en bas, il y a toujours pire que nous !

Quand j’ai voulu faire une pause de la clinique de fertilité, j’ai appris que j’avais un kyste paraovarien— ce qui signifie près de l’ovaire. On devait me le retirer par laparoscopie — en passant les instruments par le nombril, ce qui est moins risqué et nécessite un temps de convalescence plus court qu’une incision. Une intervention qui m’aiderait à gagner en fertilité.

Je me suis donc fait opérer. Lorsque je me suis réveillée : surprise ! On ne m’avait rien retiré du tout, car la chirurgienne n’avait pas réussi à réaliser l’intervention. On m’a dit qu’on reprendrait l’opération trois semaines plus tard et que ça fonctionnerait. Étant moi-même une professionnelle de la santé, j’ai eu des doutes. J’ai donc dû prendre les devants et demander à ce qu’on m’explique le tout en détail. Évidemment, il y avait des risques que ça ne marche toujours pas.

J’ai donc signifié à mon médecin que je voulais qu’elle ouvre mon abdomen avec son scalpel si le besoin était. Qu’on en finisse une fois pour toutes. Lorsque je me suis réveillée, mon chum était à mes côtés et m’a appris que la chirurgienne n’avait pas eu le choix de prendre la méthode la plus invasive. L’obstacle à mon désir d’être maman, c’était mon ventre, rempli d’adhérences, soit de tissus cicatriciels. Conséquences d’une opération que j’avais subie quand j’avais un mois et qui m’avait sauvé la vie. Les trompes de Fallope étant prises dans ce qui ressemblait à des toiles d’araignées, elles ne pouvaient assumer leur rôle !

Les chirurgiens m’ont perforé l’estomac et le foie pendant l’intervention. J’ai dû rester à l’hôpital quelques jours à cause de ces complications. Heureusement, ç’a été sans impacts, mais il y aurait pu en avoir de sévères. Constat : j’étais tout simplement contente d’être en vie en sortant de mon hospitalisation.

Après cet épisode qui m’aura coûté trois mois de repos forcé, j’ai su que l’important c’était ma santé physique et mentale et que je ne voulais pas risquer de perdre ce que trop souvent on tient pour acquis lorsqu’on désire devenir une mère.

Actuellement, nous avons le luxe de pouvoir essayer naturellement sans insémination et sans hormones. Ça ne fonctionne toujours pas, mais cet été nous allons reprendre les protocoles d’insémination et ultimement, ma gynécologue m’a assuré que le processus in vitro serait un succès. Chaque cas est différent. Je me raccroche au positif et je me permets de vivre mes émotions. Étrangement, c’est beaucoup plus facile depuis que je m’autorise à en parler aux autres. C’est un « work in progress ».

Depuis que j’essaie d’avoir un enfant, 12 amies/collègues m’ont annoncé leur grossesse. Chaque fois, une sensation de coup de poignard me traverse. Dans certains cas, c’est intense, d’autres moments, c’est plus léger. Mais à tous les coups, ça me rappelle mon échec et je me dis que la vie est injuste.

Il m’est arrivé de ne pas réussir à être heureuse pour leur propre bonheur. Des « showers », j’en ai manqué plus souvent qu’à mon tour. Il m’est aussi arrivé d’être frustrée, car une connaissance me disait qu’elle prévoyait la saison de sa maternité, l’autre me répétait que son fils est un accident… Toutes ces situations viennent me chercher viscéralement.

Pourtant, c’est la vie. Les gens continueront de dire ces phrases. C’est à moi de me protéger en me donnant le droit de rater un souper de famille de temps en temps ou de dire aux autres que pour moi c’est trop difficile de regarder leur échographie de 13 semaines. Ces temps-ci, je me permets, lorsque quelqu’un me parle de parentalité, de lui faire savoir qu’il est le plus chanceux du monde et que je suis impatiente d’être dans sa situation.

Ce n’est pas quelque chose de facile. En terminant, je voudrais dire à celles dans ma situation que vous avez le droit à 100 % de vous écouter. Peu importe le résultat, vous en serez récompensées. Ne laissez surtout pas ces expériences diminuer votre confiance en vous. Vous demeurez une femme à part entière quoi qu’il en soit.

Si vous n’êtes pas dans cette situation, dites-vous que vous n’avez pas à vous sentir coupable de votre bonheur. Sachez seulement être une oreille attentive pour qui en aura besoin.

À propos de moi

Inhalothérapeute passionnée tant par le système respiratoire que par les relations humaines en général, Geneviève est une féministe dans l’âme. Elle adore les longues discussions, le « Indie Garage Rock » et à peu près tout ce qui a un petit côté anticonformiste. Il est important pour elle d’approfondir ainsi que de partager ses connaissances.

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