Par 

L’amour au temps de MSN


L’apogée de mon adolescence a coïncidé avec l’apogée de cette magnifique plateforme de discussion en ligne qu’on appelait MSN Messenger. Quelle chance nous avions de pouvoir nous créer un nom d’utilisateur aussi long qu’un statut Facebook pour discuter en direct sur Internet avec nos amis ou connaissances! C’était plus privé que le clavardage sur Caramail (une chance!), mais on était encore à l’abri des likes.

Ces discussions plus ou moins éloquentes étaient comparables aux fameux messages textes décisifs qu’on reçoit maintenant après la 3edate.

 

« Hey salut,

J’ai passé une belle soirée hier!

J’espère que tu vas bien ce matin. »

Veut-il me revoir? Qu’est-ce que ça veut dire : « J’ai passé une belle soirée hier! »? Est-ce qu’il voit d’autres personnes en même temps? Qu’est-ce que son point d’exclamation signifie?

À l’époque, pour me permettre de bien comprendre les messages cachés derrière chaque échange avec mes nombreux kicks, j’imprimais les conversations et je les collais dans mon journal intime. Chaque conversation était soumise ensuite à une importante analyse.

 

« – hey ça va?

– ouais, toi?

– ouais, correct… j’ai pas envie d’étudier pour mon exam de math. jte dérange pas? cparce que ton profil est sur occupé

– ouin, pcq je veux pas que Isa me parle. Mais toi sé ok. »

Il ne veut pas que Isa lui parle, mais moi, c’est ok… Il doit m’aimer c’est sûr!

J’étais obsédée par mes analyses. Mon écriture était quotidienne, comme Harriet la petite espionne. Je voulais devenir écrivaine et pour y arriver, je devais écrire tout, tout le temps. Rendue à l’adolescence, je prenais des notes sur chaque détail de ma vie, chaque émotion, chaque réponse reçue…

Bref, j’ai commencé à lire mes journaux dernièrement. C’est la première fois que je le fais. Je trouve ça incroyable de ne pas en avoir jeté un. Face à ces textes, je suis parfois frustrée, d’autres fois, triste. Mais en général, je m’envoie beaucoup d’amour. C’est d’ailleurs le rapport que j’avais avec l’amour qui me fascine le plus. À l’époque, ma capacité à aimer était sans limites. Je n’avais peur de (presque) rien et surtout, je n’avais pas peur d’aimer. Encore épargnée par les trahisons amicales et les déceptions amoureuses, j’étais capable de parler d’amour et de le partager sans gêne. J’aimais mes amis plus que tout et j’avais un nouveau crushà tous les mois. J’étais hyper honnête et je préférais avouer mes sentiments aux garçons – même si l’amour était rarement partagé – au lieu de rester dans l’inconnu. Je n’avais pas peur du rejet et je préférais ça au stress de ne pas savoir si mes sentiments étaient réciproques. JE N’AVAIS PAS PEUR DU REJET! Je n’avais pas assez connu le rejet, j’imagine. Maintenant, c’est différent. À l’époque, c’était sans compromis. Moi, à 15 ans : « Me voici, si tu n’en veux pas, ben c’est tant pis pour toi ». Moi, à 25 ans : « Ouin, ben je pense que je suis de même, mais tsési ça fait pas ton affaire, c’est sûr que je peux changer de quoi… » En effet, entre mes 15 et mes 25 ans, j’ai perdu cette force. Ça été mon genre de moyen de défense mal choisi pour faire face à l’adversité de la société. Bien mal choisi. À force de faire plusieurs compromis dans la vingtaine, je me suis perdue et me voilà, maintenant à 32 ans, renouant tranquillement avec cette adolescente imperturbable que j’étais.

Pour ce faire, je me réconcilie avec cette capacité d’amour que j’avais. Pour l’instant, je me concentre surtout sur mon amour propre et c’est avec joie que je peux dire que je ne me suis jamais autant aimée que maintenant. Je suis presque capable de redire aux gens : « Me voilà, si tu n’es pas intéressé, tant pis ». Je me trouve belle et je suis fière de moi. J’apprécie beaucoup ces nouvelles sensations, mais malgré cet amour que je m’envoie, je n’ai toujours pas retrouvé la capacité d’aimer librement. Maintenant, je ne fais pas qu’analyser les messages que je reçois. Je calcule les messages que j’envoi. J’ai peur d’ouvrir mon cœur, de parler honnêtement de mes sentiments, de mes envies, de mes impressions. Je ne sais plus comment parler de l’amour et sans me transformer en Ginette Reno qui chante la tendresse, je veux réapprivoiser ce sentiment d’amour. Un bien-être, une satiété, un désir autant amical qu’amoureux.

À la lumière de mes lectures et de ma rétrospection, je ne peux en conclure qu’une chose : avec le temps, on ne change pas. On évolue, on se bonifie, on met juste d’autres costumes sur soi, mais on ne change pas. L’enfant qu’on était reste, malgré tout ce qu’on fait. Et c’est pour le mieux. Mes écrits m’ont rappelé qui j’étais et ils m’ont permis de retourner aux bases de ma personnalité. Je ne le dirai jamais assez, mais c’est en acceptant cet enfant/adolescent qu’on accepte l’adulte qu’on est devenu. Pas le choix! Si après 30 ans, je suis toujours la même, il est vraiment temps de l’assumer. Que ce soit grâce à un journal intime, à un journal de finissants ou à de vieilles conversations MSN, c’est bien de se réconcilier avec la personne qu’on était avant que la vie d’adulte et ses pressions sociales essaient de nous rabrouer.

À propos de moi

Après avoir étudié dans plusieurs domaines artistiques, Jaëlle étudie maintenant la vie. Passionnée et connectée à la joie, elle souhaite pouvoir inspirer les autres à trouver de la lumière dans leur quotidien.

VOUS POURRIEZ ÉGALEMENT AIMER

Lettre à mes intimidateurs
05-03-2019
C’est ben correct d’avoir peur
09-11-2018
Je pense donc je doute
06-23-2018
Mon ami Mala
09-28-2015
DIY: Soulignez la Saint-Valentin à la maison
01-30-2015
Objectivité amoureuse
04-08-2014
Vous pouvez le faire: apprenez à dire non avec amour
03-14-2014
Pour le dixième anniversaise de la fin de Sex and The City: ce que Carrie nous a léguée!
03-12-2014
Les Olympiques du coeur
02-14-2014

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais partagé. Les champs exigés sont marqués.