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Je pense donc je doute


« – Douter, c’est se débattre entre deux pôles. Si on pouvait moins réfléchir, ne voir que le côté gauche ou le droit, tout serait plus facile.

– Et tu doutes de toi aussi ?

– Sans arrêt. » 

Cet extrait est tiré d’un reportage réalisé par Arte que j’ai visionné cette semaine et qui porte, bien sûr, sur le doute. Si on se mettait à douter de tout ? Ou de rien ? À partir de quel moment le doute est-il nécessaire ? Et si on se mettait à douter même du réel ? Entre Descartes et The Matrix (oui, oui !), ces discussions m’ont amenée à réfléchir à cette période de doute que j’ai vécue ce printemps, un doute effroyable qui me pesait quotidiennement.

En effet, il y a quelques semaines, plusieurs choses se sont enchaînées dans ma vie, comme ça arrive souvent depuis le début de ma remise en question professionnelle, il y a deux ou trois ans. Sauf que cette fois-ci, j’ai été incapable de tout gérer d’un coup. Je me suis retrouvée à devoir prendre une décision d’ordre professionnel qui allait aussi affecter ma vie personnelle, puisqu’elle implique un déménagement à l’étranger. Un gros changement, genre… Et je ne savais pas quoi faire. Plus je réfléchissais à ce que je voulais, plus des portes de possibilités s’ouvraient. Tous les jours, mon cerveau se posait la même question : « Mais qu’est-ce que je vais faire ? », et chaque jour se terminait sans que j’aie la réponse. J’étais terrifiée à l’idée de prendre une décision comme si ma vie au complet en dépendait, comme si je n’avais pas le droit de me tromper, comme si je ne savais plus qui j’étais. Cet état d’angoisse totale a duré un mois.

Face au doute, j’ai l’habitude de répondre grâce à mon intuition. Cette fois-ci, elle était tellement brouillée par les émotions que je ne l’entendais plus. Dans ces cas-là, j’essaie une autre technique qui est de me projeter dans l’avenir grâce à la méditation. J’imagine les options possibles et j’attends de voir celle qui m’évoque le plus de joie et de bien-être. Encore une fois, ce printemps, mes peurs avaient pris le dessus et je n’étais pas capable de laisser l’information venir à moi. J’ai donc décidé de m’attarder à ces peurs qui m’empêchaient d’y voir clair. J’ai méticuleusement noté ce qui me ferait partir et ce qui me ferait rester ici, puis j’ai comparé les deux listes.

C’est là que j’ai compris que, dans mon doute, il y avait de « bonnes » peurs, des peurs qui, lorsqu’on passe au travers, permettent d’avancer et de se dépasser. Puis, il y a des peurs… pas stupides, puisqu’aucune ne l’est, mais plutôt fausses, celles qui te protègent contre les dangers créés de toute pièce par le cerveau, mais qui nous empêchent quand même d’avancer. C’est alors que je me suis dit : « OK, là, ça va faire, j’arrête de douter. Je me décide, un point c’est tout. » Épuisée, j’ai arrêté ma délibération mentale et j’ai pris une décision que je savais possiblement modifiable si jamais mon intuition se manifestait dans ce sens. Une chose était sûre, cette fois-ci, j’allais attendre un signe clair avant d’émettre un doute. Je retournais donc à l’adage « accorder le bénéfice du doute » versus « douter sans arrêt de tout, tout le temps », qui m’avait demandé tant d’énergie. Ça m’a semblé un peu magique, je vous avoue.


Pour en revenir au documentaire d’Arte, plus loin dans le reportage, une des participantes dit : « À mesure qu’on prend de l’âge, les portes se ferment les unes après les autres. Du coup, on doute moins. » Ce genre de phrase m’a troublée parce que, pour moi, ça ne fonctionne pas comme ça. La participante explique qu’elle est contente maintenant de ne plus se poser la question sur la possibilité d’une éventuelle carrière comme ballerine parce qu’elle est de toute façon trop vieille pour envisager cela. Moi, c’est tout le contraire. OK, je ne deviendrai pas ballerine demain matin, mais quand j’étais plus jeune, j’étais tellement certaine du parcours professionnel que je voulais prendre que je ne me posais pas de questions. Maintenant, face à la vraie vie professionnelle, je me suis rendu compte que celui-ci ne me convient pas et je me sens comme si j’étais de retour en secondaire 5, avec un monde de possibilités devant moi, conseillère en orientation incluse. Est-ce que c’est ce qu’on pourrait appeler une midlife crisisqui m’aurait frappée un peu trop tôt ?

L’autre participant, à son tour, donne son point de vue : « Le fait d’être dans le flou, de se chercher, de se poser des questions, tu crois que c’est dû à la vie frénétique qu’on vit en ville ? Tu ne crois pas que ça alimente nos incertitudes ? » Je ne pense pas qu’on doute plus en ville qu’à la campagne de manière générale, mais sans doute qu’il y a un contentement plus facilement atteignable à la campagne. Mais qui suis-je pour parler de cela, moi qui suis née à Montréal ? Tout ce que je sais, c’est qu’en ville, les opportunités sont tellement multiples, autant dans le monde professionnel qu’en amour, et donc, au moindre doute, on change, on passe à autre chose, puisqu’on sait qu’il y aura quelque chose de nouveau (pas forcément mieux) qui suivra rapidement.

Mais le doute reste une bonne chose lorsqu’il s’invite au bon moment, comme lorsqu’il offre la possibilité de remettre en question certaines choses qu’on pensait immuables. Encore une fois, cela permet d’évoluer, de s’améliorer et d’ouvrir notre esprit aux nouvelles opportunités. Cela permet aussi de ne pas se laisser influencer trop naïvement. Mais bien sûr, pour éviter de tomber dans la paranoïa, dans le scepticisme à outrance, il faut savoir garder un certain niveau de confiance aveugle. Cela s’applique particulièrement en amour et en amitié, puisque le doute est à la base de tout ce qui peut détruire une relation humaine : la jalousie, le manque de confiance en l’autre, le manque d’estime de soi-même… Quand l’amour est plus fort que le doute, il devient la seule chose pouvant le dissiper. Et c’est justement de cet amour que vient la confiance aveugle ou, plutôt, la confiance en l’univers. Cette conviction que tout ce qui doit arriver arrivera et que, peu importe, ce sera pour le mieux : rien n’arrive pour rien ! Pour en revenir à mon questionnement, peu importe si je pars ou pas, il n’y aura pas de « mauvaise décision ». Je ne gâcherai pas ma vie puisque je lui fais confiance et elle me mènera là où je dois aller, et ce, même si c’est après avoir changé d’idée une dizaine de fois.

Alors voilà, je suis bien heureuse de m’être sortie de cet état de doute constant qui a hanté mon printemps. Je souhaite juste que mon intuition me lance des signaux plus clairs la prochaine fois que je douterai de quelque chose. Bien sûr, j’espère plus que tout qu’un jour, j’arrêterai de douter de moi, de mes capacités, de mon intelligence, de mon talent, et que j’utiliserai le doute uniquement pour ouvrir mon esprit, pour continuer à apprendre et ainsi, comme mentionné par Arte, aborder le monde avec confiance et bienveillance. 

En passant, je vous invite à aller visionner ces reportages philosophiques sur https://www.arte.tv/fr/videos/culture-et-pop/idees/.

À propos de moi

Après avoir étudié dans plusieurs domaines artistiques, Jaëlle étudie maintenant la vie. Passionnée et connectée à la joie, elle souhaite pouvoir inspirer les autres à trouver de la lumière dans leur quotidien.

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09-11-2018

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