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Féminité, féminitude


On ne naît pas femme, on le devient. Oui, la société nous transforme en femmes. Et il a été très difficile pour moi de l’accepter.

Je ne suis pas née femme… ni homme d’ailleurs. En fait, je suis née avec un sexe féminin, donc biologiquement, cela ne pouvait pas être plus clair. Mais je n’ai jamais « voulu » être une femme. Et le problème, c’est que je n’ai jamais voulu être un homme non plus. Quand j’étais petite, je ne jouais pas aux poupées, mais je ne voulais pas plus de petites voitures. J’aimais parfois prétendre que j’étais une princesse en mettant une grande robe, mais j’avais toujours mon épée sur moi pour me défendre en cas de besoin. Je sentais qu’il faillait que je choisisse un camp entre les jeux de garçons ou de filles, cependant, je n’y arrivais pas. Je m’associais aux personnages de télévision ambigus comme la Princesse Astronaute, jouée par Pascale Bussière dans les années 90 : une scientifique qui marie quand même le beau prince charmant. Ou encore Aramis dans la version animée japonaise des Trois Mousquetaires, vous vous rappelez ? Cette version voulait qu’il soit en fait une femme qui se déguisait en homme pour pouvoir suivre le reste de la bande dans leurs aventures… mon rêve !

C’est à ce moment-là que je me suis mise à haïr mon destin de future femme, le tout couronné par le monstre de la puberté qui confirmait que je n’allais pas m’en sortir indemne. Je refusais tout ce qui me rappelait que je devenais une adulte : les poils, les soutiens-gorges, le déodorant… En plus, je devais commencer à faire des concessions ; mes seins qui se développaient amenaient un nouveau genre de douleur et je n’étais donc plus libre de mes mouvements ! Attraper les « garnottes » des garçons au ballon chasseur n’était plus possible. Et que dire de mes règles… je me rappelle d’avoir écrit dans mon journal à l’époque que c’était la pire chose qui pouvait m’arriver. Et pourtant, ça arrivait à tout le monde ! Je voyais ça comme une punition, la punition de la vie. En plus, c’est à ce moment-là que ma curiosité m’a amenée à lire sur les Amazones, ces guerrières de la mythologie grecque qui s’amputaient un sein pour être plus à l’aise au tir à l’arc. Mais qu’allais-je devenir ? De l’extérieur, je semblais m’enligner sur une vie hétéro normative tout à fait normale et « simple ». Mais à l’intérieur de moi, « je bouillonnais de rage » (comme dit la belle Rose au début du film Titanic). Je me rasais parce que tout le monde le faisait, je m’épilais les sourcils, parce qu’on n’était pas à l’époque de Cara Delevingne… mais c’était tout. Je n’avais pas la patience pour apprendre à me maquiller et les robes m’empêchaient de courir après les garçons qui venaient me taquiner.

Maintenant, j’ai grandi davantage. Je suis une adulte de presque 30 ans, ce qui m’oblige à avouer que je suis bel et bien rendue une femme, un mot que, de toute façon, je préfère au mot « fille », qui me rappelle trop l’époque à laquelle ma mère me faisait des tresses françaises avant d’aller à l’école. Donc je suis une femme, mais je ne fite toujours pas et cela m’amène encore beaucoup de frustrations. Être une femme, c’est difficile (être un homme aussi, j’imagine, mais je ne le sais pas, je ne peux pas parler pour eux). Ça fait mal, être une femme : ça fait mal une fois par mois, ça fait mal quand tu t’épiles, ça fait mal quand tu portes ton soutien-gorge depuis trop longtemps et ça fait mal quand tu te fais poser un (insérer un sacre) de stérilet. Et ça fait peur être une femme : ça fait peur dans la nuit, ça fait peur dans la rue, ça fait même peur parfois au cinéma… Trop longtemps, j’ai eu honte de cette douleur et de cette peur que je ressentais. Je ne voulais pas vivre cela, je ne devais pas vivre cela, ça me rendait trop faible… trop « petite fille ». Comme si je me devais d’être forte, aussi forte qu’un homme.

Et être une femme, c’est être féminine. À ce niveau-là aussi, je galère. En effet, je ne sens pas que mes choix viennent uniquement de ma propre volonté. Certains jours, j’aimerais être aussi féminine qu’Emma Stone quand elle danse au bras du beau Ryan Gosling. D’autres jours, je préfère m’en foutre complètement et espérer que le joli barista remarquera quand même ma beauté naturelle au travers de mon gros coton ouaté gris. Je navigue entre les deux extrêmes en me demandant : est-ce que ce sont des choix que je fais pour moi ou pour les autres ? Quand j’ai l’impression que je fais des choix, les fais-je vraiment pour moi ou contre la société ? Et de toute façon, qui détient la vérité sur la féminité ? Cet homme qui a un fétichisme sur les talons hauts ? Ou le directeur de casting du prochain film pour ado ? Tant de questions auxquelles je ne répondrai pas (encore) de sitôt.

Donc, au lieu de continuer de me poser des questions ou de chialer sur ce que les femmes endurent, j’ai décidé, en 2017, et particulièrement en ce mois de la journée internationale des femmes, de passer en mode positif. Puisqu’après toutes ces heures de frustrations et de réflexion, je ressens un début de fierté. La fierté de passer au travers des journées douloureuses ou de celles qui font peur. Ou encore, la fierté d’avoir dit non, quand ça faisait trop mal ou trop peur. La fierté d’être rendue la femme que ma mère m’a permise d’être, celle que JE me suis permis d’être.

C’est pourquoi, à partir de maintenant, je fête la féminité sous toutes ces formes et peu importe comment elle est incarnée. Pourquoi ? Parce qu’on a en effet été conditionnée à devoir se sentir d’une certaine manière en tant que femme. Et maintenant, ce n’est plus le cas… on ne fite pas et c’est OK. C’est OK d’être frustrée, c’est OK de trouver que c’est injuste, acceptons cela. Chose faite, il sera plus facile pour nous de changer notre vision des choses et ma suggestion à ce sujet est : au lieu de se battre contre ces choses qui sont inévitables, soyons POUR. Par exemple, au lieu de se battre contre nos menstruations (elles sont inévitables, non ?), permettons-nous de nous réconcilier avec, lâchons prise sur ce que nous ne pouvons pas contrôler.

Encensons notre statut de femme. Félicitons-nous d’être assez fières de notre statut de femme pour en parler, malgré toutes les difficultés. Fêtons nos pouvoirs féminins qui font de nous des superhéroïnes. Il y a trop de « contre » dans la vie, soyons « pour » ! POUR ce qu’on a envie d’être. Pour le poil et pour l’épilation brésilienne, pour les mères porteuses et pour la ligature des trompes, pour les jupes courtes et pour les joggings, pour Sarah Jessica Parker et pour Manon Massé, pour les femmes de carrière et pour les femmes à la maison. Célébrons-nous costaudes, maigres, aux cheveux courts, aux cheveux gras, tant que c’est comme cela que nous souhaitons être.

Soyons unies plutôt que juges. Je croyais que j’étais une femme ouverte d’esprit et à l’abri des préjugés, mais après y avoir réfléchi, je me rends compte que je ne suis pas blanche comme neige finalement. C’est pourquoi je m’enligne autrement cette année : si je veux m’accepter telle que je suis en tant que femme, je dois aussi accepter toutes les femmes telles qu’elles sont, sinon à quoi bon ! Je fais comme la société qui pense qu’il y a une manière unique d’être femme.

Célébrons la femme que nous sommes, nonobstant le regard des autres, parce que si nous ne sommes pas capables de NOUS aimer, qui le fera.

À propos de moi

Après avoir étudié dans plusieurs domaines artistiques, Jaëlle étudie maintenant la vie. Passionnée et connectée à la joie, elle souhaite pouvoir inspirer les autres à trouver de la lumière dans leur quotidien.

4 Comments

Clara de Sophie-Barat (!)
Reply 24 mars 2017

Merci Jaëlle. Super article. Je me sens souvent comme ça. Aussi. Un peu à côté de la track comme femme. Et ça se répète quant on devient mère. D'ailleurs, tout ce que tu dis fonctionne aussi pour la mère et la maternité. Je me dis,"je suis une femme à ma façon comme je suis une mère à ma façon". Féminité et maternité ne vont pas toujours de pair dans un premier temps! Mais plus j'y pense, plus je me dis que ma féminité passe maintenant à travers la maternité (hé oui!) et ça m'aide vraiment à les vivre pleinement toutes les deux! Pis des fois, je me sens encore à côté de la track et c'est ok. N'est-ce pas?

    Jaelle
    Reply 29 mars 2017

    Merci Clara pour le commentaire! Contente d'avoir de tes nouvelles très chère!

    As-tu lu le livre Les Tranchées de Fanny Britt? Cela parle beaucoup de maternité mais aussi de féminité et oui, tu as raison, je me suis beaucoup retrouvée dans les commentaires de ses mères même si je ne le suis pas moi-même. L'acceptation, le lâcher-prise et la confiance c'est dans la féminité mais dans la maternité aussi! C'est fou que ça joue à ses deux niveaux avec tant de réciprocité!

    Merci de ta lecture. xxxxxxx

Irène Mayer
Reply 24 mars 2017

Je me suis laissée repousser les poils à 40 ans. Ils sont redevenus très fins, presque invisibles. Beau témoignage

    Jaelle
    Reply 29 mars 2017

    Hahaha! Très contente pour toi Irène de cette belle preuve d'assurance. Des fois, comme je disais, je les laisse pousser aussi, pour finalement les raser de nouveaux. Haha! Et c'est ça aussi, suivre son feeling au quotidien. Merci de ton partage!

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