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Être occupée, mal nécessaire ou maladie ?


Toutes, nous courons, presque sans exception. Vers ou après quoi ? Rares sont celles qui peuvent le dire. Ce n’est sûrement pas après le bonheur puisqu’alors, il faudrait savoir s’arrêter pour le reconnaître. Alors, quoi ? Qu’est-ce qui presse tant ? Qu’est-ce qui nous tient occupées presque 24 h/24 ? Parce que oui, plusieurs d’entre nous peinent à s’arrêter même la nuit, leur cerveau étant occupé… à préparer la journée du lendemain et à mettre de l’ordre dans leur to-do list !

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« Je suis tellement occupée, j’ai tant à faire, je manque de temps pour tout faire », voilà des mots qui reviennent régulièrement dans la conversation lorsqu’on s’informe auprès de notre entourage, et cela se voit aussi bien chez les jeunes que les adultes. De nos jours, on dirait que chaque minute d’une journée doit être mise à contribution. S’il y a un trou de ne serait-ce que cinq petites minutes à notre horaire, on s’empressera de le combler. Pourquoi ? En voilà une question ! Puisque nous courons après notre temps, nous ne pouvons nous permettre de « ne rien faire », même si ce n’est que cinq petites minutes…

Entre les enfants (aller-retour à la garderie, études, activités parascolaires et rendez-vous chez le médecin, le dentiste et autres spécialistes), les besoins du couple (trouver un trou dans l’horaire surchargé pour passer un peu de temps de qualité ensemble ou entre amis), le travail (course vers l’excellence, la productivité et formation continue pour ne pas être en reste) et peut-être un peu de yoga ou d’exercices, il reste peu de temps pour souffler et simplement être. Qu’est-ce qui a donc changé ? Nous semblons avoir transposé cette frénésie liée à la productivité au travail dans nos vies. Nous ne profitons plus du moment présent. Nous passons plutôt notre temps à consulter notre montre ou notre agenda pour nous assurer de ne rien manquer, surtout pas le prochain rendez-vous. Mais qu’en est-il de celui que vous vous étiez donné ? Admettons que vous deviez rencontrer une copine à 14 h 30, le temps d’un café. Si vous êtes déjà ailleurs, à penser qu’il vous faut prévoir l’équipement de soccer de votre enfant pour sa partie à 18 h, ou à dresser votre liste d’épicerie, n’aurez-vous pas l’impression d’avoir manqué quelque chose ?

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D’où nous vient donc cette habitude, malsaine et destructrice, de nous tenir constamment occupées ? Et soyez sans crainte, les filles et femmes ne sont pas les seules à être atteintes de ce syndrome. Il s’étend également aux hommes de tout âge. Nous ne sommes pas des machines, l’aurions-nous oublié ? Où est donc passé ce temps où nous prenions le temps ?

Rappelez-vous votre jeunesse. Après l’école, même avec les devoirs et leçons, nous avions le temps de jouer dehors, de nous amuser, d’être des enfants. Aujourd’hui, l’enfant a un horaire aussi chargé et rangé que celui de ses parents ! Est-ce bien normal ? Pourquoi ressentons-nous le besoin de l’inscrire dans une foule d’activités pour lesquelles il nous faudra courir, deux ou trois soirs par semaine, sans compter les week-ends au moment des compétitions ou du spectacle de fin d’année ? Pourquoi ne faisons-nous pas un pied de nez à la pression de la société voulant qu’un enfant doive exceller en tout et tout découvrir dès son plus jeune âge ? Pourquoi ne pas le laisser lui-même faire son chemin, comme nous l’avons fait avant lui ? Avouez que nous ne sommes pas plus mal aujourd’hui même sans avoir été inscrites au patinage artistique ou à la gymnastique !

Dans le monde adulte, où sont passées ces soirées ou après-midi à jouer aux cartes ou à simplement placoter, entre amis ou en famille ? Bien sûr, nous prenons parfois le temps, mais souvent, en pensant que le lendemain, nous paierons pour cet écart par une fatigue dont nous nous serions passées. Autrefois, cela ne nous inquiétait pas. Qu’est-ce qui a donc changé à ce point pour que nous choisissions de nous oublier ? Puisque de vivre ainsi à la course, sans jamais s’arrêter, sans garder un peu de temps pour soi, que ça soit pour les loisirs, méditer, partager ou simplement respirer et… être, ce n’est pas une vie !

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En plus de la productivité, la compétition, et donc l’excellence, semblent être des facteurs déterminants pour nous distinguer. Êtes-vous prêtes à y sacrifier votre qualité de vie, voire votre santé ? Le moment n’est-il pas venu de reconnecter avec votre être, de redécouvrir qui vous êtes ? Pour ce faire, il vous faut du temps. Savoir le reconnaître, c’est déjà un pas vers la guérison de ce mal du siècle apporté par les technologies qui, à l’origine, devait étrangement nous « sauver » du temps ! Aujourd’hui, nous sommes connectées, partout et en tout temps. Comment voudriez-vous ainsi faire une pause ? Avant de vous mettre à « off », il faut penser à décrocher du système, donc de votre travail et de cet enchevêtrement d’obligations que vous vous êtes imposées. Aménagez des plages horaires pour vous. Eh oui ! Vous vous remercierez plus tard. Bien sûr, la réalité veut que certaines doivent occuper deux emplois pour joindre les deux bouts. Qu’à cela ne tienne, vous trouverez bien cinq minutes dans votre journée pour vous asseoir et respirer.

Et au fait, lorsque quelqu’un vous demande comment ça va, il ne souhaite pas connaître votre emploi du temps. Il est sans doute comme vous, occupé ! Il vous demande plutôt comment votre cœur se porte à l’intérieur de vous. Bien sûr, pour répondre à cette question, encore vous faut-il être à l’écoute de celui-ci !

Alors, comment allez-vous aujourd’hui ? Respirez un bon coup, regardez votre interlocuteur dans les yeux et laissez votre cœur répondre à votre place. Lentement, mais sûrement, vous vous guérirez de cette maladie nommée : « être occupée ».

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À propos de moi

Caroline Barré est romancière, journaliste indépendante, réviseure, traductrice et photographe. Les Éditions Québec-Livres reprennent aujourd’hui son premier roman Assassine et sa série L’héritière de Salem, dont le 5e Tome, Les Mémoires d’Abigail, paraîtra à l’automne 2016. La conclusion de cette saga s’écrit à l’heure actuelle avec le 6e Tome : Doriane. Caroline rêvait d’écrire depuis son plus jeune âge. Outre sa soif de lire et son désir d’écrire, elle affectionne la généalogie et le jardinage. Son inspiration, elle la puise dans ses rêves, mais aussi dans les plantes dont elle ne pourrait se passer. Les mots qu’elle partage sont issus de son expérience de la vie, des réflexions tirées de ce que certains qualifient « d’enseignements », d’échanges et de lectures variés.

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