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Après la pluie, le beau temps


BC, Printemps 2017

Dans ce billet, il est question du cycle Vie-Mort-Vie, du ménage du printemps et de réflexions autour des passages, du deuil.

L’ayurvéda possède une vision globale. Elle considère la vie comme une adaptation constante qui permet de jouer avec l’équilibre, de développer notre écoute, de nous considérer de manière cyclique, avec tout ce qui nous entoure, tout ce qui nous constitue. Cette boussole, cette médecine holistique, m’aide à comprendre ce qui se passe lors de perturbations ou de changements.

J’aime m’appuyer sur ces histoires profondément enregistrées dans nos cellules qui témoignent de la femme d’une complexité étonnante et sauvage, sensible aux variations telles les phases lunaires ou les phases de la vie. Ces passages qui nous constituent, qui nous relient, émergent du ventre et non de la raison. Cette pulsion intuitive nous guide vers le bon chemin et justifie nos choix.

Je tente aussi de réfléchir pour trouver une certaine compréhension des passages de la vie à travers le cycle annuel des quatre saisons.


L’arrivée du printemps, c’est la renaissance. Cette période annuelle des grands ménages, des nouveaux amours, des terrasses précoces, de la peau à nouveau découverte, bref, ce réveil du sommeil hivernal. Ce besoin de liberté, cette image d’ouvrir grand les fenêtres, de laisser le vent nouveau nous traverser, de nous exposer au soleil, de nous laisser réchauffer et éclaircir notre visage encore fragile de la période de la grande noirceur.

C’est simplement vital.

Le printemps est un moment propice pour nous dégager de l’excès, de nettoyer et d’enclencher ce fébrile processus de la nouveauté. L’hiver, lui, est nécessaire à la gestation tranquille, tandis que le printemps est pour libérer ce qui a été couvé, de choisir de laisser-aller ce qui ne nous sert plus et de faire place à la nouveauté.

Au terme de ce cycle qui atteint aujourd’hui sa première année, je regarde, j’observe, je (sur)vie, je me surprends à rester dans le souvenir, à anticiper ce qu’aurait pu être le futur avec lui.

Difficile de ne pas retenir ce qui est dans le passé puisqu’il a tout de même construit nos souvenirs en plus d’être une partie de soi. Effrayant aussi d’anticiper ce qu’il y a devant et ce qui construit nos rêves. Ainsi, prendre le temps d’observer réellement ce qui est présent, là, d’apporter clarté et lumière dans ce moment de tourbillons émotifs, de pertes ou de deuil semble apaisant.

Quotidiennement, je reviens à la vie, à mon état de printemps, par la méditation ; en me plongeant dans la nature, en éveillant mes sens et en me laissant m’inspirer par ce qui m’anime. Je m’émeus devant la beauté éphémère et en transformation et je suis merveilleusement entourée de ces beaux humains et de leurs créations. Ces passages de vie, tantôt doux, tantôt douloureux, ne seraient pas aussi riches dans l’expérience de développement personnel (ou la phase de guérison) sans la présence d’échanges avec ces douces oreilles amicales, de ces épaules qui accueillent les larmes, de ces bras chaleureux qui nous bercent et de lectures de maitres inspirants.

Il y a un présent, maintenant, et il est beau. Même si le passé laisse sa trace et qu’il est viscéralement difficile à laisser aller.

Ce mantra de notre contemporanéité qui revient : « Breathe and Let it go ».

Je le lis sur des blogues, je l’entends autour de moi, nous sommes ébranlés constamment par la séparation, le deuil, la fin, le changement. Nécessairement, on s’y résout. Le cycle est construit ainsi : Vie-Mort-Vie (voir Clarissa Pinkola Estes). Mais comment (sur)vivre lorsque ces expériences arrivent à terme sur notre chemin, et atteindre notre printemps ?

« Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie, car ce que nous quittons, c’est une partie de nous-même, il faut mourir à une vie pour entrer dans une autre. » Anatole France — citation partagée du blogue Yogiyogiretreat que j’affectionne grandement pour ses sujets spirituels, engagés et holistiques.

Afin qu’arrive le printemps, on doit se donner le temps de passer au travers du cycle et accepter de se sentir prête à embrasser le changement, la vie à nouveau. De laisser aller demande une force, du courage qui nait de cette capacité de se mettre à nu, de se présenter telle qu’on est, d’accepter notre vulnérabilité dans notre honnête beauté et de lui accorder une noble valeur.

De se donner le temps de compléter le cycle et de l’honorer, de le célébrer au lieu de l’enterrer très loin au fond de nous, de donner le temps à la neige de fondre, d’accepter que ce soit sale et laid pendant un certain temps, mais qu’enfin, on finisse par voir émerger les fleurs de la boue.

D’entendre au moment de mon deuil : « tu vas voir, tu vas t’endurcir », n’est pas tout à fait ce à quoi j’aspire lorsqu’au contraire, ce que je trouve beau et touchant, c’est cette capacité d’avoir le cœur grand ouvert. De vivre ainsi implique inévitablement ce risque de souffrir. Vivement les bouddhistes pour nous aider à voir la vie ainsi !

« Les forces de Vie-Mort-Vie font partie de notre nature. C’est une autorité que nous portons en nous et qui connaît les pas de la danse de Vie et de Mort. Elle est composée de parties de nous-mêmes qui savent quand quelque chose peut, devrait ou doit venir au monde et quand cela doit mourir. C’est un professeur précieux, pour peu qu’on soit capable de suivre son tempo. » (Femmes qui courent avec les loups, Clarissa Pinkola Estes, p. 196).

Bref, peu importe le type de mort ou de deuil auquel on fait face, on doit se rappeler qu’il existe une suite, qu’il existe un printemps glorieux après ces temps pluvieux. Il faut seulement laisser le temps au cycle pour se compléter.

Et c’est ainsi qu’on crée la vie à nouveau.

*Crédit image: Julie Valois

À propos de moi

Diplômée du Département de danse de l’UQAM (enseignement en 2011 et interprétation en 2010), Julie est une passionnée du mouvement tant esthétique qu’holistique. De plus, elle a complété sa certification Sivananda de 200 h et sa certification en yoga pré et postnatal avec Marie-Hélène Tapin. Elle affectionne la technique du yoga vinyasa tant dans son enseignement que dans sa pratique. Très active dans son milieu, elle enseigne la danse à l’école, le yoga dans son quartier élargi et a un faible pour la périnatalité. Toujours à l’affût des nouveautés culturelles, elle s’implique dans l’organisation de formations et d’évènements artistiques et communautaires. Bref, elle met son nez partout ! Julie est une sensible\inspirée\attentive\yogini.danseuse\serveuse\amoureuse\amie qui vous proposera des billets sur tout ce qui englobe notre connexion au corps créatif, physique, empathique et vibrant.

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