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Quand les années passent


Se séparer de quelqu’un ce n’est jamais facile. Quand la vie t’impose cette séparation, c’est d’autant plus difficile à accepter.

Que ce soit un ami, un confident, un amour, un parent, le vide s’installe. Une partie de nous s’était construit avec cette personne, peu importe la relation. Où trouver les morceaux manquants? Les dates nous marquent, chaque année c’est la même histoire. On se blottit contre le seul chandail qu’il nous reste de la personne, même si au bout de toutes ces années, ça ne sent plus rien. Les souvenirs frappent quand on s’y attend le moins. On pense que ce sont des signes qu’ils nous envoient, nous dire coucou de l’au-delà. Et ça, ça nous rassure. Ça nous permet de continuer à avancer, seul.

Quand quelqu’un meurt, ton monde s’écroule. Les repères ne s’y trouvent plus. C’est difficile de trouver un chemin pour continuer, un chemin suffisamment lumineux. La route est sinueuse et parsemée d’embuches. En parler nous crève le cœur et nous fait tout le bien du monde à la fois. On pense que notre histoire est unique, on aimerait la crier à tous, mais c’est quelque chose de si intime. La mort ce n’est rien de délicat, rien de chic, rien qu’on souhaite vivre.

La mort s’encombre rarement de délicatesse. Elle arrive impromptu, vous coupant la parole sans souci ni du lieu ni de l’heure et encore moins des biensécances. – Sylvie Germain

Cette année, ça fait cinq ans que j’ai perdu cette personne chère. Le deuil a été long. On ne m’avait pas dit que ce serait aussi long. On ne m’avait pas dit que j’allais m’accrocher à tout ce qui me restait, quelques souvenirs, quelques photos et quelques secrets. On ne m’avait pas dit non plus que même quand on finit par accepter, la douleur persisterait dans mon corps. Accepter la mort, c’est culpabilisant. Accepter la mort, c’est avoir l’impression d’oublier la personne. Alors on fait tout pour la garder en vie. Accepter la mort, c’est se sentir égoïste de continuer à vivre, de continuer à rire, à courir et à aimer.

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La mort est cette chose qui nous arrache. C’est trouver la vie si injuste de nous faire subir ce moment monstre. La mort, on ne la choisit pas, on nous l’impose. Les saisons passent et passent de plus en plus rapidement. On se demande souvent quand viendra notre heure. Est-ce que c’est juste de l’attendre aussi?

Au bout d’un moment, on se dit que c’est assez d’en parler. L’impression nous vient d’étouffer les gens avec la peine. Et étrangement, c’est à ce moment-là qu’on a le plus besoin d’en parler, parce que le temps passe et qu’on réalise qu’on passe au travers de quelque chose de difficile. Mais on y arrive. On a envie de se féliciter de vouloir continuer à vivre, à sourire, à courir et à aimer. Même si on trouve ça toujours injuste, on n’a pas le choix, nous, on doit continuer à vivre. Parce que notre heure ne viendra pas tout de suite. Et parce que la vie, il faut en profiter. On se permet plus d’erreurs, plus de folies, plus de rires. On se permet de vivre pour de vrai, car on sait que certains n’ont pas eu la chance de vivre aussi longtemps que nous. Certains n’ont pas pu vivre, sourire, rire, courir et aimer encore. On leur a enlevé la vie, trop tôt, beaucoup trop tôt. Parce que 20 ans ce n’est pas un âge pour mourir. C’est un âge pour commencer à vivre. Et quand toi tu es partie à 20 ans, moi j’ai un peu arrêté de vivre.

Mais cinq ans plus tard, j’ai envie de continuer à vivre finalement. Et puis d’aimer à nouveau. De rire aussi. De courir sans savoir où je vais. Parce qu’au fond, c’est ça la beauté, ne pas savoir ce qui nous attend. Profiter de chaque instant, car la vie est éphémère. Profiter des gens qu’on aime dans le moment présent. La vie est fragile. Mais la vie, elle est belle.

 

 

À propos de moi

Marie-Anne aime les espaces vides, les photos Instagram et le café. Elle aime s’éparpiller, dessiner et faire naître de nouvelles idées. Son atelier est le repère de sa créativité. Elle est designer d’accessoires en cuir tanné végétal essentiels à la vie quotidienne. Elle a commencé comme aide-designer chez Betina Lou, une ligne de prêt-à-porter féminin située à Montréal. Elle a, par la suite, vécu quatre mois à New York, a travaillé pour la compagnie Rhié et est tombée en amour avec Williamsburg. À son retour, elle a lancé une ligne d’accessoires en cuir tanné végétal pour combiner son amour de la création et de la mode écoresponsable.

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