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STAMINA : la Force avec un grand F


En attendant que le thermomètre de mai se stabilise, j’ai pensé vous livrer le topo d’une rencontre des plus stimulantes avec la prometteuse comédienne Mélanie Langlais.

Alors, zoom sur cet après-midi gris où je l’ai reçue chez moi pour un thé/confidences. Un échange captivant où Mel m’a expliqué son rapport avec l’entraînement et sa passion pour le théâtre sportif. C’est d’ailleurs au cœur de sa dernière création : STAMINA, qui sera présentée au Théâtre Premier Acte de Québec, le 30 mai prochain, dans le cadre des Chantiers/créations artistiques du Carrefour international de Théâtre.

  


L : J’aimerais que tu nous expliques un peu l’évolution de ta relation avec le sport. Tu n’as pas toujours été la Miss Fit de CrossFit que j’ai devant moi aujourd’hui !

M : Ha ! ha ! ha ! Zéro pis une barre ! Ça n’a pas toujours été mon mode de vie, effectivement. Si je remonte au temps où j’étais à l’école de théâtre, j’étais la personne la moins en forme au monde, mettons. C’est-à-dire que j’étais sportive au secondaire, je faisais le programme multisport. J’étais en forme, je suis une fille qui est forte à la base, mais je n’ai jamais eu un bon cardio. Le fait de travailler en endurance, ç’a toujours été difficile pour moi. Lorsque j’avais 16 ans, par exemple, je ne pouvais même pas courir trois kilomètres. Je jouais au soccer et j’étais une super bonne goal, car ça prenait une espèce d’aplomb. Je n’avais pas peur de rentrer dans la balle, je plongeais sans aucune crainte. Pour moi, c’était plus les sports d’équipe ! Quand tu entres au cégep et à l’université, tu as moins de cours d’éducation physique. Si tu ne choisis pas de mettre du sport dans ta vie, tu n’en as tout simplement pas d’intégré dans ton quotidien. Bien sûr, je me suis mise à engraisser et c’est certain que je n’aimais pas ça. Bref, tout ça ne me dérangeait pas parce que malgré ça, j’ai toujours été super bien dans ma peau. Je me disais que j’étais comme une pine up et je me trouvais belle ! D’ailleurs, je me suis toujours trouvée belle avec mes courbes. Bon, c’est certain que je ne te dis pas que quand j’essaye une paire de jeans au H&M, je me sens extraordinaire ! Ha ! ha ! ha !

L : Lorsque tu es entrée à l’école de théâtre, est-ce que ton rapport avec ton corps a changé ?

M : En fait, c’est que l’on explore beaucoup avec notre corps à l’école. C’est là que j’ai réalisé que je me sentais rapidement fatiguée. Je n’avais pas beaucoup d’énergie. Il faut dire que quand j’étais à l’école, j’avais un mode de vie où je pouvais sortir dans les bars trois fois durant ma semaine. Je sortais énormément et je buvais beaucoup. Je ne dirais pas qu’en ce moment, j’ai arrêté de boire, mais disons que je bois de façon plus raisonnable. C’est toujours dans le but de ne pas gâcher les journées où je me suis entraînée au gym.

L’élément déclencheur qui m’a permis de switcher mon mode de vie, c’est drôle à dire, mais c’est mon frère. Il a commencé à me montrer des vidéos de callisthénie* (exercices de mouvements strictement faits avec le poids de notre corps).

Il m’a dit qu’il connaissait quelqu’un qui donnait ce genre de cours dans un gym pour femmes près de chez moi : le MissFit. J’avais déjà entendu parler de ce gym-là, mais je n’avais jamais osé y aller, parce que ça avait l’air trop intense et que je me disais que je n’avais pas assez de cardio pour faire ça !

L : J’imagine aussi que l’environnement des gyms ne devait pas aider ?

M : Tout à fait. Tu te dis tout le temps : « Moi, je ne serai pas bonne, je vais arriver là débutante et les bonnes vont me juger. Les autres vont rire de moi, elles ne vont pas m’encourager ». C’est gênant et tu dois vraiment mettre ton ego de côté pour passer par-dessus cette affaire-là. Mon frère, il a toujours bien aimé me taquiner avec ça parce que je ne suis donc ben pas habile. Il me trouve tellement gauche. Lui, ça l’amuse. Ça l’a toujours fait rire et on en rit aussi ensemble. On a une très bonne relation. Finalement, j’ai voulu essayer un cours de callisthénie. Mon frère m’a accompagnée au gym.

J’étais complètement pourrie. Il y avait le gars qui donnait le cours et aussi une autre femme coach qui était là : Jennifer Rochon. Cette femme-là m’a fait comprendre la notion du travail en salle. Son corps était complètement fou. Je me disais : wow, ça se peut une femme avec des jambes comme ça ! Première révélation : je veux une shape comme ça ! J’y suis retournée une deuxième semaine avec mon frère.

L : Est-ce que tu es retournée au gym tout de suite après cette expérience ?

M : Oui et c’était DIFFICILE ! Je n’étais même pas capable de me suspendre à la barre sans que mes mains glissent. Je n’avais pas de force dans mes bras, je ne pouvais rien faire. J’étais super lourde. Sauf que je le faisais et que je me forçais, je donnais tout ce que j’avais. Je voulais atteindre l’objectif. Ce n’était pas compliqué, je devais faire un nombre de répétitions X. C’est là que Jennifer, l’entraîneuse, est venue me voir. Super émue, elle avait les larmes aux yeux.

Elle m’a dit : « Moi, du monde qui n’est pas bon, mais qui force comme tu le fais, ça me touche tellement. Les gens bons qui réussissent des choses plus difficiles, ça ne me touche pas parce que je m’attends à ça d’eux. »

Quand j’ai vu cette fierté-là dans ses yeux, j’ai compris que ce n’était pas grave que je ne sois pas bonne, pourvu que je donne mon maximum. Je pouvais être fière de moi. Elle m’a ensuite suggéré de venir la semaine, aux entraînements réservés strictement aux femmes. J’y suis retournée deux à trois jours par semaine. Les débuts étaient durs en maudit. Je n’étais pas vite et je n’avais pas de cardio, mais ils m’ont eue ! Ha ! ha ! Au début, j’y allais deux fois par semaine et avec le temps, c’est devenu quatre fois par semaine.

L : Qu’est-ce que ce nouveau mode de vie t’a apporté ?

M : Depuis ce changement, je reçois beaucoup de messages de gens qui me voient comme une inspiration et qui me demandent des conseils sur l’entraînement. Je pense que les gens aiment voir ça parce que c’est concret et que ça démontre que ça se peut ! Par contre, on me demande souvent combien de fois par semaine je vais au gym. La logique derrière cette question-là, je pense, c’est qu’ils se disent : « Mel y va quatre fois par semaine et elle a ce résultat. Donc, j’irai à la même fréquence et j’aurai le même résultat… » Je ne pense pas que ce soit réaliste comme façon de penser. J’y suis allée vraiment graduellement et peu à peu, ça s’est intégré à ma routine. Il s’agit aussi de trouver le bon gym qui te motive pour que tu veuilles intégrer ça à ta vie. Moi, avec le MissFit, j’ai trouvé le bon environnement qui me permettait de me dépasser, d’alimenter mon ego, mais aussi de le tempérer. C’est vraiment devenu une communauté sportive où on s’entraide et c’est beau à voir. Il n’y a pas de compétition entre moi et mes amies au gym. Ça fait du bien de ressentir cette entraide. Au début, tu es en mode apprentissage et ça demande de mettre ton ego de côté. Moi, à 26 ans, je mettais les pieds dans un gym et je n’y connaissais absolument rien ! Je devais revenir à l’étape de tout apprendre du début, ce n’était pas évident. Il reste que c’est tellement stimulant de pouvoir me dire que chaque jour, j’accomplis quelque chose de nouveau. Ça m’aide à garder le focus et je me sens vraiment plus en pleine possession de mes moyens. J’accomplis des progrès dans mes entraînements que je n’avais jamais pensé réussir un jour ! Cette force-là m’aide à dédramatiser le reste et surtout, à calmer mes angoisses. Le gym, c’est mon psy à moi.

L : Comment est-ce que tu as eu l’idée de jumeler ces deux passions : le théâtre et le sport, et d’en faire un projet concret ?

M : En fait, avant mes entraînements j’observais les filles au gym et je trouvais ça vraiment beau de les voir se dépasser. Elles étaient toutes différentes, mais toutes étaient là pour se donner et sortir de leur zone de confort. J’étais fière d’elles, et de moi. Quand j’arrivais à la maison après un entraînement et que j’étais vraiment contente de dire à mon chum qu’aujourd’hui, j’avais réussi à faire un exercice de musculation vraiment exigeant, je voyais que pour lui, ça ne disait rien du tout. Je me suis donc demandé : comment est-ce que je pourrais faire comprendre cette réalité-là ? Je n’étais pas la seule fille du gym à me sentir incomprise par mon entourage. Moi, mon médium, c’est l’écriture et le théâtre. Alors je me suis dit que je devais transmettre ce message-là en créant. Tout d’abord, ma première question fut : est-ce que ça peut intéresser les gens de regarder des filles s’entraîner ? C’est drôle parce que moi, je trouve que de s’entraîner, dans notre société, c’est quasiment un acte de rébellion, parce que du temps, on n’en a pas dans nos horaires de fous. La société préfère que nous soyons mal dans notre peau pour nous inciter à consommer toutes sortes de produits : crèmes, cosmétiques, diètes, être toujours plus minces, plus maigres, etc. La question qui revient toujours : Quel est le moyen magique le plus facile et rapide pour perdre du poids ? Alors que de perdre du poids, ça devient tellement secondaire quand tu es bien dans ta peau. Bien entendu, ça, c’était mon avis sur la chose, et je me sentais appelée par cette thématique du rapport que l’on entretient avec son corps. Est-ce que ça allait intéresser d’autres personnes qui elles ne sont pas dans le même mode de vie que moi ?

L : Comment est-ce que ton idée a évolué à travers le temps ?

Premièrement, à la sortie de l’école de théâtre en juin 2015, c’est là que tout a commencé à prendre forme. Pour tester mon concept, j’ai déposé mon projet de courte durée à l’organisme LA SERRE — arts vivants (http://laserre.ca/), qui a pour mission de faire rayonner les projets des artistes émergents. Ils sont vraiment présents dans le travail. Ils te fournissent les outils nécessaires. À ce moment-là, je ne savais pas du tout que ça existait déjà du théâtre-sportif.

L : C’était déjà un courant qui était en place ?

M : Ben non, pas vraiment, c’est-à-dire que ça commence. Je fais partie des cinq artistes qui en font, mettons. Ha ! ha ! Alors là, je me suis rendu compte, en faisant de la recherche, qu’en France, il y avait un festival de théâtre-sportif. Ce n’est pas du tout connu du grand public et même dans le milieu artistique montréalais, ce n’est pas très populaire.

La première étape de mon projet, c’était de connaître la curiosité des gens face au concept du théâtre-sportif. Alors, je me suis mise en scène en performant un circuit d’exercices de CrossFit pendant 10 minutes, en répétant la séquence 5 fois sans arrêter. Lors des répétitions du show, on ne savait pas si j’allais être capable de faire toutes les répétitions de circuit, parce que c’était vraiment difficile physiquement. Tout le monde me disait : « Si tu n’es plus capable, Mel, arrête ». Pour moi, ça restait du jeu. C’est moi qui interprétais, j’avais un chronomètre, je pouvais savoir comment gérer mon temps et mon énergie. Ça restait en lien avec mon côté comédienne.

Finalement, après les trois soirs de représentations, il y avait des madames de 40 ans, 50 ans, 60 ans qui pleuraient pendant que je m’entraînais sur scène. Elles sont venues me voir après pour me dire que je leur avais fait vivre toutes sortes d’émotions, souvent en lien avec le rapport qu’elles entretenaient avec leur corps. En même temps, moi, je n’ai pas le corps d’une athlète professionnelle. C’était en décembre 2015 que je commençais l’entraînement. J’étais comme une « toutoune » qui s’entraînait et elles me voyaient travailler comme une malade sur scène. Bref, j’ai eu une réponse super positive à ma question. Les gens étaient bouleversés par ce genre de performance. Ils arrivaient à lire des choses de ça.

Je me suis dit : « Il y a quelque chose à faire avec ça ! »

LA SERRE m’a suggéré de demander une bourse au Conseil des arts et des lettres du Québec. J’ai reçu la bourse en recherche pour la relève. Pendant quatre mois, j’ai travaillé sur mon show. J’ai pris la décision de me retirer en tant que comédienne du show pour garder un regard externe, afin de transmettre mes idées clairement. Je suis encore, en ce moment même, en train de travailler sur le show. Je vais avoir une première version « finie » de STAMINA à présenter le 30 mai prochain au Théâtre le Premier Acte dans le cadre des Chantiers de la création (ce qui se trouve être une branche du festival du Carrefour international de théâtre de Québec). Ceci dit, ce ne sera vraiment pas la version finale du spectacle ! Le sujet du show a énormément évolué dans mon processus de création. J’ai envie que ça transmette des références aux gens plus que juste dire : le CrossFit, ça fait du bien. Je ne veux pas que le public se sente pris pour un con. Je vais plus loin dans le rapport au corps et dans les dualités (ex : la force et la douceur, la violence et la paix) que l’on vit à travers le processus du dépassement.

La belle grande phrase pour décrire ce show-là, c’est:

L’équilibre passe par la réappropriation de ton corps et ultimement, être équilibré te rend libre !

Quand tu es juste dans ta tête et que tu n’es pas dans ton corps, tu ne peux pas être à 100 % bien. Si tu n’es pas à 100 % bien, tu n’es pas affranchie de ce qui t’entoure.

Par exemple, moi, depuis que je suis toute petite, j’ai toujours eu de grosses cuisses et je n’ai jamais compris pourquoi. À l’âge de sept ans, j’ai pris conscience, sur le bord de la piscine à côté de petites filles, que j’étais différente d’elles. Pourtant, je ne mangeais pas plus qu’elles et je faisais du sport. C’était étrange dans ma tête. Je me souviens que je positionnais mes poings en dessous de mes cuisses pour qu’elles aient l’air plus minces quand j’étais assise sur le bord de la piscine. C’est fou…

Aujourd’hui, mes cuisses me permettent de lever des charges impressionnantes. Elles ne sont plus honteuses à mes yeux, mais plutôt utiles. J’en suis fière, ça fait partie de moi, et ça me permet de me dépasser !

Lorsque tu es en pleine possession de tes moyens, tu te sens invincible et capable de tout. Le corps n’est plus un objet que l’on regarde, que l’on juge, mais bien quelque chose dont nous sommes fières et qui fait partie de ce que l’on est.


Je vous invite fortement à aller visiter l’événement sur Facebook.

Stamina — Les Chantiers/créations artistiques pour avoir plus d’informations sur cette magnifique pièce. Restez à l’affût, car je suis convaincue que c’est loin d’être la dernière fois que l’on entend parler de la flamboyante et authentique Mélanie Langlais… 😉

Laurence C. Germain


Références

Carrefour International de Théâtre: http://www.carrefourtheatre.qc.ca/

Programmation du Théâtre Premier Acte 2017-2018: https://www.facebook.com/TheatrePremierActe/

Événement Facebook: https://www.facebook.com/events/1291662010960782/

Stamina— Les Chantiers/créations artistiques

30 mai 2017, 18 h, Premier Acte

(photos cover Stamina à insérer ici)

Crédit pour photos :Les Chantiers

À propos de moi

Sans contredit, il vous suffit d’une soirée avec Mme C. Germain pour comprendre son essence : un heureux mélange de la familiarité de la région et du rythme effréné de la ville. Intervenante psychosociale depuis 2013, elle a mis à profit ses connaissances avec la Fondation Jeunes en Tête en travaillant comme conférencière pour sensibiliser les jeunes à la dépression. Elle s’implique actuellement auprès des entreprises en démarrage en y faisant des groupes focus, en plus de travailler comme chargée de comptes pour l’entreprise Succès Scolaire. C’est à travers son lexique qui vous rappelle autant votre grand-mère du bord du fleuve que votre professeur d’université que l’on a le goût de plonger dans son univers qui pose un regard franc et honnête sur des thématiques comme : notre société, la place de la femme au sein de celle-ci, l’entrepreneuriat et l’importance du dépassement de soi.

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