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Rencontre avec Lyne Royer, chargée de projets aux évènements de financement chez Équiterre


Bohos s’est entretenu avec Lyne Royer, femme pleine de convictions militant pour un monde meilleur et jeune maman. Elle est engagée depuis 10 ans au sein d’Équiterre, organisme à but non lucratif existant depuis 25 ans dont le but est de sensibiliser les citoyens et les gouvernements à des choix plus écologiques pour notre planète, mais aussi pour notre avenir, grâce à des campagnes de sensibilisation et de mobilisation : « Changer le monde, un geste à la fois ».

Ton rôle au sein d’Équiterre ?

Je travaille chez Équiterre depuis bientôt 10 ans. C’est drôle à dire puisqu’au départ, j’avais été engagée pour un contrat d’un an seulement !

Je suis chargée de projet aux évènements de financement, donc responsable de l’organisation de la course Changer le monde qui a lieu au printemps, à Montréal et à Québec, et de deux grands cocktails de réseautage à l’automne. Mon travail consiste à organiser des évènements de collecte de fonds afin d’amasser de l’argent. Ce financement nous permet ensuite de poursuivre nos nombreux projets afin de « Changer le monde, un geste à la fois » !

Pourquoi Équiterre ?

C’est en 2009 que j’ai débuté chez Équiterre. J’avais besoin de me retrouver dans un lieu de travail où j’allais consacrer tout mon temps à l’environnement. J’étais déjà très sensible à la cause environnementale, mais je voulais aller plus loin. Je ne pouvais m’imaginer travailler dans un autre domaine. L’état de la planète, l’urgence d’agir, l’impact de nos décisions sur l’avenir de la planète… Nous sommes dans une ère de changements et je voulais faire partie intégrante de ce mouvement.

Quelles sont tes convictions ?

J’ai la conviction que nous pouvons changer les choses. Nous sommes responsables de l’avenir des générations futures et nous devons faire tout ce que l’on peut pour le rendre meilleur.

Ce n’est pas quelque chose de facile, car tout cela ne peut se faire sans changements. Et qui dit changement dit peur ! Nous touchons au quotidien des gens, à leurs habitudes de vies, à leur confort, à leur routine, etc. Nous souhaitons les amener à faire des gestes qui réduiront leur empreinte écologique. En 2018, il est plus que jamais le temps pour chacun d’entre nous de prendre un moment pour réfléchir à notre mode de vie et de faire ce que nous pouvons pour limiter le gaspillage de nos ressources et réduire nos gaz à effet de serre.

Il est également important pour moi de m’impliquer socialement. Depuis que je suis toute jeune, j’ai souvent fait du bénévolat dans ma communauté. Ce côté de moi m’a amenée à être sur le CA d’une boutique qui s’appelle La Gaillarde. C’est une boutique à but non lucratif dont la mission est de redonner vie aux vêtements oubliés, en plus d’encadrer et de promouvoir les créateurs de mode québécois. C’est aussi un endroit où des femmes extraordinaires et inspirantes travaillent avec convictions pour changer les choses.

Le slogan d’Équiterre est « Changer le monde, un geste à la fois ». Quelles sont les actions que l’organisme mène afin de promouvoir ce changement ?

Équiterre est l’organisme environnemental le plus influent et le plus important au Québec ! Depuis maintenant 25 ans, Équiterre propose des solutions concrètes pour accélérer la transition vers une société où les citoyens, les organisations et les gouvernements font des choix écologiques qui sont également sains et équitables. Que ce soit au niveau de l’alimentation, de l’habitation, de la consommation ou du transport, nous devons chaque jour faire des choix qui ont des conséquences sur l’environnement. Dès ses tout débuts, Équiterre a présenté aux citoyens une liste de 12 gestes quotidiens à intégrer à leur routine afin de « Changer le monde, un geste à la fois ».

Les paniers bio, c’est probablement le projet d’Équiterre le plus connu et il existe depuis plus de 20 ans. Seulement quelques personnes recevaient alors des paniers de légumes bio et locaux provenant d’un fermier du Québec. La livraison se faisait dans la cuisine d’un des fondateurs de l’organisme. Aujourd’hui, ce sont plus d’une centaine de fermes qui offrent des paniers à plus de 52 000 abonnés !

La Maison du développement durable est un autre exemple de projet éducatif et inspirant. Ce projet, piloté par Équiterre, s’est échelonné sur plusieurs années. À l’époque, Équiterre logeait dans des locaux d’un bâtiment qui ne convenait plus à nos besoins. L’idée est venue de déménager. Pourquoi ne pas en faire un projet et construire notre propre bâtiment ? C’est ainsi que la Maison a pris naissance. Outre le fait d’être le premier bâtiment certifié LEED ̽̽Platine au Québec (catégorie nouvelle construction), il est composé de huit organisations engagées dans la promotion du développement durable. C’est maintenant un lieu de rencontres, d’échanges, de réflexions et d’innovations. Avec son centre d’interprétation sur le bâtiment durable, la Maison inspire les citoyens et les professionnels de la construction à adopter des principes de construction écologique lors de leurs projets. Elle sert de modèle et de référence pour tous ceux qui s’intéressent à la protection de l’environnement en matière de construction.

Dans la foulée des nombreux évènements de courses, Équiterre a également décidé d’organiser son propre évènement : la course « Changer le monde ». En plus d’amasser des fonds pour l’organisme, l’objectif est d’influencer le monde sportif en démontrant qu’il est possible d’organiser des évènements d’envergure tout en prenant soin de notre environnement. Ainsi, des mesures écoresponsables sont adoptées tout au long de l’organisation : aucune bouteille d’eau, pas de chandail promotionnel fait en Chine, etc. Nous avons créé un mode d’emploi pour des courses écoresponsables afin d’encourager tous les organisateurs à emboîter le pas.

Équiterre œuvre dans le domaine de l’alimentation, du bâtiment, du transport et de la consommation. Dans chacun de ces secteurs, Équiterre propose des solutions concrètes pour les citoyens ainsi que pour les organisations.

Je crois que tu es maman d’une petite fille. Tes rôles de mère et de femme active et passionnée coexistent-ils facilement ?

Je suis effectivement maman d’une merveilleuse petite fille de 18 mois. Chaque jour, elle me rappelle que nous avons son avenir entre les mains. J’ai la chance d’avoir un horaire flexible. Ainsi, au lieu de travailler quatre jours par semaine comme c’est le cas chez Équiterre, je fais comme d’autres de mes collègues et je distribue mes heures sur cinq jours, ce qui me permet d’aller chercher ma fille plus tôt à la garderie !

Bien que le « 5 à 7 familial » soit rempli de responsabilités quotidiennes, je passe toujours du temps avec ma fille, notamment pour jouer avec elle. Elle est mon petit rayon de soleil !

La vie file à toute allure, il est primordial de se rappeler de profiter du moment présent. C’est difficile. Nous sommes constamment amenés à penser à ce qui s’en vient, à ce qu’on doit planifier, à ce à quoi on doit penser, mais le soir, quand je m’assois par terre avec ma fille pour jouer, plus rien n’a d’importance. On joue simplement, on prend le temps d’être ensemble et on s’amuse !

Que souhaites-tu transmettre, enseigner à ta petite fille ?

Plein de choses ! Il y a tellement à savoir… J’aimerais avant tout qu’elle connaisse l’importance de la vie et sa fragilité, qu’elle sache que nous sommes responsables de nos gestes et que nous pouvons faire la différence, que le monde n’est pas parfait, mais qu’il y a de l’espoir ! Qu’elle doit agir avec son cœur, être vraie et bien avec elle-même ! Qu’elle est libre d’être qui elle est, qu’elle reste authentique. À chacun sa couleur, à chacun sa différence, nous sommes tous uniques !

Quelles pratiques instaurer dans notre quotidien pour « Changer le monde, un geste à la fois » ?

Au quotidien, il est important d’abord d’instaurer des pratiques avec lesquelles nous sommes confortables et qu’il sera facile de poursuivre. Tranquillement, on ajoute de petits gestes ici et là. La question que l’on doit se demander est : « Quel comportement quotidien puis-je changer ou modifier pour réduire mon empreinte écologique ? » Si, pour toi, il est hors de question de manger moins de viande, par exemple, choisis autre chose ! Tu peux d’abord réduire l’utilisation de la voiture pour ensuite la prendre que très rarement. Il existe une panoplie de petits gestes quotidiens qui font la différence : composter, utiliser les transports en commun, acheter bio, local ou, encore mieux, consommer moins et mieux ! Cette phrase du Dalaï-Lama en dit beaucoup sur l’impact de nos choix et de nos gestes : « Si vous pensez que vous êtes trop petit pour faire une différence, essayez de dormir avec un moustique ». Ne sous-estimons pas la portée des gestes que nous adoptons et agissons de façon responsable !

Et toi, quelles sont les routines que tu as mises en place dans ton quotidien ?

Réduire ma consommation est, de loin, mon geste le plus important selon moi. Je ne m’en porte pas plus mal pour autant, même que je me sens mieux ! Je n’ai jamais été quelqu’un qui achetait à l’excès, mais je pouvais faire mieux. Nous ne sommes pas conscients de tout le cycle de production derrière nos choix de consommation. Saviez-vous que l’industrie du vêtement est la 2e plus polluante après le pétrole ? Que pour produire une seule paire de jeans, plus de 3000 litres d’eau sont utilisés ? Nous devons être conscients de ces faits, de nos actions. Nous devons nous informer.

Maintenant, je privilégie les achats locaux. Pour les vêtements, par exemple, je préfère payer mon pantalon plus cher et qu’il me dure plus longtemps que de le payer à petit prix et qu’il s’use rapidement par la piètre qualité de sa fabrication. Au-delà de l’environnement, le côté social m’interpelle également beaucoup. Le fait de penser que ce sont de jeunes enfants qui ont confectionné ce que je porte, dans des conditions exécrables, à salaire modique, me fend le cœur. Bien sûr, je n’achète pas TOUS mes vêtements faits ici, au Québec, car ce n’est pas toujours possible, mais en majeure partie, oui, sinon, j’essaie de faire des trouvailles dans les magasins de seconde main.

Sinon, mes petits gestes au quotidien sont, bien sûr, le recyclage et le compostage. Je ne suis pas tellement douée dans la réutilisation, alors j’essaie plutôt de réduire à la source. Depuis plusieurs années déjà, je remplis également mes contenants de savon à lessive, à main, pour le corps et shampoing. Je vais travailler en transport en commun l’hiver et, lorsque la saison le permet, j’utilise mon vélo le plus souvent possible ! Ça fait tellement du bien de faire un peu d’exercice le matin et le soir, avant et après une journée de travail ! J’ai aussi réduit considérablement ma consommation de viande, sans pour autant l’avoir éliminée complètement. Par contre, je ne mange plus de bœuf puisque son coût environnemental est bien plus élevé que toute autre source de protéines animales. J’économise mon énergie, mon eau et je jardine sur mon balcon au grand bonheur de ma fille !

Avoir un enfant amène aussi son lot de questionnements sur l’environnement et sur notre empreinte écologique. Par exemple, mon conjoint et moi avons opté pour les couches lavables. Ainsi, depuis la naissance de ma fille, nous avons détourné des sites d’enfouissement plus de 3200 couches ! Entre 200 et 500 ans peuvent s’écouler avant qu’une seule couche se dégrade… Vous pouvez imaginer la portée de ce geste ! Outre les couches lavables, nous utilisons également des lingettes lavables. Lors de notre shower, nous avons demandé à nos invités des cadeaux de seconde main sans emballage cadeau !

Certains ont trouvé la démarche enrichissante, mais d’autres ont réalisé que c’était plus difficile. Pour ceux et celles qui ne pouvaient s’empêcher d’acheter quelque chose de nouveau, nous avons alors demandé un article provenant d’une entreprise québécoise ou fait au Québec. Depuis, nous achetons des vêtements usagés et privilégions les jouets de seconde main pour notre fille qui n’en voit aucunement la différence ! Ses jouets préférés, outre son bébé, sont souvent des objets qui étaient destinés au recyclage.

Quels sont les objectifs et futures campagnes d’Équiterre pour 2018 ?

Équiterre a pour objectif d’accroître son mouvement et d’assurer son autonomie financière en augmentant le nombre de ses membres. L’organisme a également la vision d’une société où des politiques publiques auront vu le jour afin de favoriser un environnement plus sain, plus vert, plus viable.

En 2018, la course « Changer le monde » aura lieu pour une 3e édition à Montréal et une 1re à Québec ! Les inscriptions débuteront sous peu. Au programme : épreuves sportives, animation, kiosques et nombreux prix écolos ! Ce sont des évènements rassembleurs, festifs et remplis d’espoir.

De nombreux « Rendez-vous branchés » sont également prévus. Ces rendez-vous donnent l’occasion à des milliers de gens de participer à des activités éducatives sur le thème de l’électrification des transports et de faire l’essai de véhicules électriques.

La saison des inscriptions aux paniers bio d’été débutera aussi très prochainement. Si vous n’en avez jamais fait l’expérience, je vous invite à en faire l’essai. Je suis persuadée que vous ne le regretterez pas !

Trois choses à Montréal que tu pourrais nous suggérer pour apporter, à notre échelle, des changements concrets dans notre quotidien et ainsi faire notre part pour un monde meilleur et la sauvegarde de notre planète ?

Premièrement, un investissement massif dans les transports en commun ! Je crois sincèrement qu’il y aura des impacts sociaux positifs à investir dans ce service.

Deuxièmement, plus d’agriculture urbaine, de ruelles vertes et de toits vert afin de réduire les îlots de chaleur et d’améliorer la qualité de l’air.

Pour terminer, l’amélioration des espaces piétonniers et des pistes cyclables pour favoriser les déplacements à pied et à vélo. Nous devons nous tourner vers des alternatives durables.

Nous n’avons qu’à prendre l’exemple sur les pays scandinaves qui sont plus avancés du côté de ces initiatives et qui vivent en accord avec leur environnement. Par exemple, le Danemark est en voie de devenir un pays neutre en carbone d’ici 2050, la Suède recycle 96 % de ses déchets et la Finlande est reconnue pour les déplacements à vélo.

San Francisco est également un exemple à suivre en termes d’initiatives. Pour réussir à faire tous ces changements, il faut que les citoyens, les entreprises et les gouvernements travaillent main dans la main. À l’heure des changements climatiques, il est primordial d’économiser nos ressources et de réduire nos émissions de gaz à effets de serre.

J’ai envie de terminer avec mes vœux de janvier dernier pour 2018. Ces vœux résument simplement ce que je souhaite pour notre avenir.

« Que 2018 soit plus VERTE et moins bétonnée, que l’on consomme moins et MIEUX, que l’on PLACOTTE plus qu’on pitonne et que nous soyons davantage dans le moment PRÉSENT. Soyons plus ouverts d’esprit sur les réalités de ce monde et ACCEPTONS de changer pour un monde plus JUSTE et MEILLEUR ! Pour nous, mais surtout, pour tous les ENFANTS de ce monde qui auront à vivre les conséquences de nos choix d’aujourd’hui ! »

* LEED: (Leadership in Energy and Environmental Design). 


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À propos de moi

Parce que la vie est un voyage, une aventure ; que l’on ne sait jamais vraiment de quoi demain sera fait ; et surtout parce qu’elle n’est pas une question de « pourquoi », mais de « pourquoi pas », c’est en 2009 que Daphné quitte la France pour s’installer au Québec après y avoir passé un an en tant qu’étudiante à l’Université de Montréal en 2001. Curieuse, autodidacte, gourmande et surtout discrète, elle aime utiliser ses sens et savourer le temps qui lui est imparti en s’offrant la chance de pouvoir réaliser le maximum de ses rêves. Amoureuse de la bonne cuisine, des vieilles pierres, du bon vin et des livres, elle espère faire naître le goût des choses bonnes et simples qui nous entourent et qui bien souvent deviennent si familières que l’on ne prend plus la peine de les apprécier : la caresse du soleil sur votre peau, un morceau de chocolat fondant délicatement sous votre langue, la lecture d’un bon livre… Massothérapeute sur ses temps libres, son mantra : « On est tous l’artisan de son bien-être ». Elle évolue d’une passion à l’autre, en espérant rendre les gens heureux, désireux et curieux de pousser d’autres portes afin de découvrir ce qui se cache derrière.

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