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Pour 2018 : leçon de ténacité & de courage avec Myriam Lapier !


J’ai connu Myriam en mai 2017, alors que je suivais ma formation d’Instructeur Fit au YMCA. Ce matin-là, j’étais en retard et encore bien endormie. Un café à la main, les cheveux de travers, je suis arrivée dans la classe à la recherche d’une place à côté de quelqu’un de le fun. Elle m’a fait signe de m’installer près d’elle. Wow ! Je me sentais déjà cool d’être acceptée par la plus jolie de la classe, une belle blonde mince aux yeux bleus.

De fil en aiguille, nous avons échangé sur nos parcours respectifs. Je fus surprise d’apprendre qu’elle était intervenante de formation. Elle travaillait dans un Centre jeunesse à Montréal. En plus d’être charismatique à souhait, elle avait des nerfs d’acier. J’étais impressionnée. Celle-ci m’a rapidement confié qu’elle était en arrêt de travail. Elle profitait de ce moment pour se réorienter vers sa passion première : l’entraînement. Myriam souhaitait désormais avoir un quotidien qui tournerait autour d’autre chose que l’alcool et les sorties. Je l’ai donc ajoutée sur mes réseaux sociaux pour suivre attentivement sa progression sur son compte Instagram @myriamlapier. Elle y partage quotidiennement des bribes de son parcours et se fait un devoir d’encourager ceux qui la suivent à poursuivre leurs objectifs ! Cette entraîneuse personnelle est un réel modèle de ténacité.

C’est pourquoi, quelques mois plus tard, j’ai eu l’idée de vous la présenter. Myriam concorde parfaitement avec le début janvier et son lot de bonnes résolutions ! Aujourd’hui, je vous dresse un topo de l’entrevue qu’elle m’a accordée le 19 décembre dernier, à L’Espace L.


L : La dernière année fut assez mouvementée de ton côté. Tu as changé ton mode de vie du tout au tout ! Comment est-ce que ce désir de changement s’est enclenché ?

M : Bien, dans le fond, moi, j’arrivais de loin. J’ai travaillé presque 10 ans dans les bars, donc beaucoup d’alcool, pas de drogues, mais beaucoup d’alcool (trop d’alcool). Après les bars, j’ai commencé à travailler au Centre jeunesse de Montréal. Étrangement, l’alcool a continué à exister et elle était très présente dans ma vie. Il y a une nuit où je me suis réveillée avec de petites crampes au ventre, c’était le 1er février, un lundi. J’avais bu une bouteille de vin, et tu me diras que ce n’est pas beaucoup, mais, tsé, une bouteille de vin, un lundi soir, toute seule… On peut commencer à se poser des questions ! Je me suis réveillée durant la nuit en me disant : « Mon Dieu que ma vie s’en va nulle part ! » C’était le dry February, alors je me suis lancé le défi : Let’s do this! Là, dans ma tête, ç’a été clair que ce serait très difficile parce que c’était un mois complet à tenir sans alcool. Pour moi, à ce moment-là, ne pas boire pendant trois jours de suite, c’était comme impossible ! C’est là que j’ai réalisé que j’avais peut-être un problème. J’ai eu un flash cette nuit-là. C’est ce qu’on appelle un moment de pleine conscience. J’ai téléphoné à ma mère et je lui ai dit : « J’aimerais aller faire un meeting AA, car je ne sais pas comment je vais terminer ma semaine ! » J’ai pensé : je suis rendue là.

C’est certain que ça faisait longtemps que je me posais des questions. Il y a eu d’autres petits événements avant, tsé… Je me suis retrouvée dans des premières dates où je pleurais. Je racontais des choses de mon passé qui n’avaient même plus rapport parce que j’étais juste trop saoule… Tu te réveilles le lendemain et tu es juste comme « Ah ! C’est honteux, vraiment honteux ! » C’est très sournois, l’alcool.

L : Comment est-ce que tu te sentais une fois rendue au meeting AA ?

M : C’est vraiment bizarre, parce que tu es tellement vulnérable à ce moment-là ! Une fois que tu acceptes le fait d’avoir un problème, tu as le choix et c’est ce choix-là qui fait peur. Tu ne peux plus être dans le déni. C’est facile, dans un certain sens, de vivre en ignorant ta situation, mais lorsque tu l’acceptes, tu te dis : « OK, si je continue à boire, je le fais consciemment, sachant très bien que j’ai un problème et que ce n’est pas la meilleure chose pour moi. D’un autre côté, si je décide d’arrêter, c’est TOUT un processus !

L : Est-ce qu’en allant vers ce processus de sobriété tu as eu peur de ce que les autres allaient penser ?

M : Pas vraiment ! Étant donné que je viens du milieu des bars, on dirait qu’il y en a tellement là-dedans qui ont des problèmes d’alcool et qui en sont conscients, alors c’est quelque chose de relativement bien accepté (de plus en plus). C’est certain que ce n’est pas non plus quelque chose que tu vas aller crier sur tous les toits ! Je ne me suis pas sentie jugée. J’étais quand même terrorisée à l’idée d’arrêter de boire ! C’est épeurant parce que tu perds tous tes repères. En général, du moins à Montréal, la vie sociale est organisée beaucoup autour des événements d’alcool. C’est aussi devenu comme l’activité principale de tout le monde : « aller prendre un verre » ! Moi, avant, je ne savais pas faire grand-chose d’autre que ça, tsé. Tout était organisé, dans ma vie, en fonction de ça !

L : Comment est-ce que tes proches ont réagi lorsque tu leur as annoncé que tu désirais désormais être sobre ?

M : Je te dirais que tout le monde était content parce que, justement, j’étais rendue là ! Dans le fond, mon entourage trouvait que c’était une sage décision. Ils m’encourageaient à fond là-dedans ! Mes amies m’ont confié qu’elles étaient soulagées parce que, les derniers temps, mon état était devenu un peu lourd pour elles. J’étais déprimée de plus en plus.

L : Est-ce que ton arrêt de travail t’a fait prendre conscience de ta problématique ?

M : C’est en lien, parce que c’est l’arrêt d’alcool qui m’a fait vraiment réaliser que je n’étais pas bien dans mon travail ! Je me disais, en arrêtant l’alcool, que j’allais justement avoir plus d’énergie pour les jeunes, que je serais au mieux au boulot. Pourtant, c’est l’inverse qui est arrivé. Je me suis dit : « Ark, c’est quoi ma vie, c’est juste ça ? » Le verre après le boulot était devenu mon ultime récompense, alors sans ça, ma vie devenait une routine sans plaisir.

L : Alors, une fois que tu as pris conscience de cette vie qui ne te plaisait plus, comment est-ce que le processus s’est enclenché pour te tourner vers ton mode de vie actuelle ?

M : C’est comme flou, parce qu’arrêter de boire, au début, c’est tellement douloureux physiquement, mais pas dans le sens que tu as des vomissements ou quoi que ce soit. C’est juste que tu te demandes pourquoi tu as décidé ça ! Tout ce que tu es habituée à faire, tu as décidé de le mettre de côté. Tu dois le remplacer par une autre routine, un autre mode. Tout te semble moins le fun que ce que tu faisais avant. La première chose que j’ai décidé de faire, c’est d’améliorer mon appartement. Il était correct, mais là, je voulais le mettre confortable pour que le soir, je veuille y rester. Le soir, je ne serais plus dans les restos ou dans les bars, je serais chez nous ! Alors, j’ai acheté comme 150 $ de thés et je suis allée au Ikea. Ha ! Ha ! Il faut que tu te trouves quelque chose à faire, tu ne peux pas rester chez vous à broyer du noir. Ç’a débuté comme ça, j’ai commencé à prendre soin de moi et de mon environnement immédiat. Ça peut paraître un peu cliché, mais tu apprends à te connaître et à savoir ce que tu aimes vraiment à travers ce processus. Avant, je n’étais pas investie dans ce qui m’entourait. Il faut aussi laisser le temps passer. Ton cerveau doit s’habituer à ne pas être toujours sur un high. Il faut lui laisser le temps de faire de nouvelles associations. J’ai trouvé cet aspect plus difficile parce que, au début de cette démarche, tu te dis : « C’est impossible que de prendre une marche en forêt me crée autant de fun que l’alcool, ha ! ha ! »

L : Dans ce processus-là, qu’est-ce que tu as appris en premier sur toi ?

M : L’image que je m’envoyais à moi-même était tellement plus positive comparativement à avant, quand je buvais. Quand tu es saoule, tu en dis des niaiseries, tu en fais des affaires, tu couches avec du monde pas rapport. Les relations affectives sont souvent peu constructives. Ça, c’est complètement fou, parce qu’en amorçant la sobriété, j’ai aussi rencontré l’amour ! Quand tu bois, tu es plus dans un mode sexuel, tu as plus tendance à dire oui. Tu es dans un personnage et tu n’es jamais aimée pour qui tu es vraiment. J’ai aussi compris pourquoi je n’arrivais pas à rencontrer quelqu’un qui me ressemblait avant. C’était parce que je n’étais jamais moi-même, j’étais embrouillée par l’alcool. C’était normal de ne pas rencontrer de gens inspirants ! Difficile de tomber sur des gars à ta mesure quand tu es la moitié de ce que tu vaux. En étant complètement moi-même, j’ai pu aller vers quelqu’un qui me ressemblait vraiment. C’est, de loin, la relation la plus saine que j’ai connue. Ce n’est pas évident parce que je ne suis pas habituée à être aimée pour qui je suis vraiment. C’est à la fois déstabilisant et très valorisant !

L : Wow ! C’est très beau comme constat, et je te souhaite que cette belle vibe se poursuive dans ton cheminement ! D’ailleurs, je te suis depuis quelques mois sur les réseaux sociaux. Tu es très active sur Instagram. Tu partages souvent tes entraînements, la progression de ceux-ci, et ton cheminement vers la sobriété. Tu sembles y promouvoir le gain plutôt que la perte de poids. Je trouve que c’est très rafraîchissant, surtout venant de ta part : une belle blonde mince aux yeux bleus ! En quoi est-ce que c’est important pour toi de passer ce message-là ?

M : Il y a plusieurs aspects. C’est premièrement un goût personnel au niveau de l’esthétique. J’ai toujours détesté être maigre. Ça me fâche que cette minceur extrême soit valorisée. Prenons, par exemple, le fameux espace entre les deux cuisses appelé le « thigh gap », un but vénéré par plusieurs filles ! Je n’ai jamais compris pourquoi on voulait absolument atteindre ce stade de maigreur. Moi, personnellement, je l’ai longtemps eu cet espace-là sans le vouloir et ça me fâchait. Dès que mes cuisses se sont mises à se toucher, j’étais tellement contente : victoire, enfin des cuisses de femmes ! C’est beau, des formes, un peu de chair et même, à la limite, je trouve ça beau de la cellulite. Il n’y a absolument rien que je trouve laid là-dedans !

Il y a aussi l’aspect un peu plus féministe de la chose. Actuellement, dans notre société, la femme se doit d’être naturellement plus vulnérable, en étant mince et maigre. Je ne dis pas que je suis invincible parce que j’ai un petit peu de muscles. Il y a une raison pour laquelle les filles se font plus agresser que les gars. Si, du jour au lendemain, les filles devenaient des karate kids super fortes, le regard que l’on porte sur elles serait probablement différent ! Je suis musclée et j’aime m’entraîner, sauf que je n’ai jamais voulu entraîner trop mes bras avant. C’était mal vu, une femme aux bras trop musclés. Alors, j’entraînais le bas du corps, pas le haut, et je prenais de petits poids. Un jour, je me suis dit : « Ça fera, je vais m’entraîner pour de vrai, un entraînement qui en vaut la peine et qui changera ma composition corporelle ! » Mes bras sont devenus beaucoup plus gros. À ce moment-là, j’ai commencé à entendre des commentaires. Ma mère me disait : « Fais attention, ne devient pas trop musclée ! » Pourquoi pensons-nous que ce n’est pas bon d’avoir des muscles pour une femme ? C’est correct d’être forte ! Arrêtons de vouloir être des proies ambulantes ! Il y a beaucoup de jugements face aux gens qui s’entraînent. Quand je m’entraîne, je le vois plus comme un désir de renforcer mon corps pour être moins vulnérable, pour être plus efficace et apte à me défendre si jamais une situation survient.

L : Est-ce que tu as déjà eu des commentaires négatifs sur tes réseaux sociaux, à propos des messages que tu y partages ?

M : Non, au contraire, je pense qu’il y a vraiment un courant en ce moment qui est axé sur les bienfaits de la musculation. Les gens m’écrivent plus par rapport à ma démarche face à l’alcool, à la sobriété, que par rapport aux entraînements que je mets de l’avant. Il y a des filles qui m’écrivent par rapport à l’alcool en privé et qui ont l’air d’avoir le profil de la bonne petite fille parfaite. Elles se confient à moi et me parlent de leur relation particulière avec l’alcool, elles me disent se reconnaître dans mon cheminement. J’ai eu de très bonnes conversations avec des filles à qui je parle encore aujourd’hui et qui ont décidé d’arrêter de boire aussi ! On parle de notre cheminement, des éléments qui peuvent être plus difficiles dans le processus de sobriété. Il y a vraiment plus de gens que l’on pense qui vivent des difficultés avec la boisson. Comme je l’indiquais plus tôt, notre vie sociale tourne souvent autour de l’alcool. Le milieu peut avoir une influence et encourager une dépendance malsaine à celui-ci. L’alcool, c’est une drogue en quelque sorte…

L : C’est intéressant parce que tu sembles être devenue comme une porte-parole de la sobriété, est-ce que ça te met une pression de plus sur les épaules ?

M : Ha ! Ha ! Non, parce que je n’ai pas assez de gens qui me suivent pour être une influenceuse sur les réseaux sociaux. C’est sûr que je reçois beaucoup de messages de la part de gens qui me disent que c’est inspirant et que ça les encourage à garder le focus dans leur sobriété. Alors, au contraire, ça m’a plutôt énormément aidée, surtout au début. Si j’ai le goût de boire, je pense à ceux qui me suivent et ça me motive encore plus à garder le cap !

L : En janvier, le mois par excellence pour les changements et les résolutions, qu’est-ce que tu donnerais comme conseil à quelqu’un qui souhaite apporter un changement majeur dans sa vie, mais qui a trop peur de se lancer ?

M : Premièrement, je pense qu’il faut s’assurer d’avoir un bon entourage et être patient. C’est tellement important : la patience ! Tu penses qu’après un mois tout va être correct, mais pour intégrer un changement majeur, c’est plus long que ça des fois. Parfois, même après six mois, tu te dis : « Voyons, on dirait que c’est pas encore réglé, qu’il n’y a rien qui bouge. » Mais ce n’est pas vrai ! Il y a toujours de petits éléments qui changent. Je trouve que dans notre société, on veut que les choses se passent tout de suite, maintenant. On oublie parfois que les personnes qui ont accompli de grandes choses ont été patients, que ce soient les artistes, les athlètes ou les entrepreneurs !

L : Qu’est-ce que je peux te souhaiter pour l’année 2018 qui s’amorce ?

M : Bien, de continuer dans le même chemin, juste de continuer à faire ce que j’aime et d’en vivre !

L : Je te remercie d’avoir accepté l’invitation. C’est de toute beauté de voir que le partage de ton cheminement personnel dans les réseaux sociaux inspire positivement les autres !

C’est ce qui conclut ma rencontre avec Myriam ! Je vous invite chaudement à la suivre via Instagram @myriamlapier si son cheminement vous a intriguée ou interpellée ! N’hésitez pas à lui écrire en privé vos commentaires ou questionnements. Elle sera enchantée de vous répondre !

En espérant que ce topo d’entrevue vous inspire pour démarrer cette nouvelle année en force !

Toutes les photos proviennent du compte Instagram de Myriam Lapier

À propos de moi

Sans contredit, il vous suffit d’une soirée avec Mme C. Germain pour comprendre son essence : un heureux mélange de la familiarité de la région et du rythme effréné de la ville. Intervenante psychosociale depuis 2013, elle a mis à profit ses connaissances avec la Fondation Jeunes en Tête en travaillant comme conférencière pour sensibiliser les jeunes à la dépression. Elle s’implique actuellement auprès des entreprises en démarrage en y faisant des groupes focus, en plus de travailler comme chargée de comptes pour l’entreprise Succès Scolaire. C’est à travers son lexique qui vous rappelle autant votre grand-mère du bord du fleuve que votre professeur d’université que l’on a le goût de plonger dans son univers qui pose un regard franc et honnête sur des thématiques comme : notre société, la place de la femme au sein de celle-ci, l’entrepreneuriat et l’importance du dépassement de soi.

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