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Entretien avec Marie-Ève Dion, interprète en danse contemporaine et photographe


Chez Studio Bohos, nous aimons les personnes passionnées qui savent nous communiquer leur enthousiasme et leur belle énergie. Des énergies tellement irradiantes et communicatives que notre souhait à nous, rédactrices, est de vous entraîner dans leur sillage et vous présenter des personnes riches de valeurs et d’idéaux qui nous tiennent à cœur. Je me suis entretenue avec Marie-Ève Dion, interprète en danse contemporaine et photographe, qui a su allier ses deux passions pour son plus grand plaisir et le nôtre.

Dès le premier regard, Marie-Ève, cette jeune femme dynamique et passionnée, vous charme par sa gentillesse. Douce et déterminée, en plus d’évoluer dans un domaine hautement compétitif, elle reste égale à elle-même et à ses valeurs. L’important : pratiquer sa passion avec plaisir et aussi longtemps qu’elle le pourra.

Marie-Ève, parle-moi de toi, de ce qui t’anime, de ton parcours, de tes croyances :

J’ai toujours été attirée par les arts de la danse ; je danse depuis que j’ai l’âge de trois ans. Ma sœur, qui est à présent professeure de danse, et moi adorions danser. Ayant commencé à suivre des cours avant moi, elle jouait à me donner des leçons lorsque nous étions enfants. Du coup, parfois, je m’ennuyais, car je connaissais plus de mouvements que mes petits camarades.

Quand est venu le temps, pour moi, de m’inscrire au cégep, j’hésitais entre la danse et la photographie. J’ai pris ma décision lors d’une soirée en particulier. Les parents d’une amie nous avaient donné des billets pour assister aux Ballets Jazz de Montréal. C’est lorsque j’ai vu les danseurs sur scène que j’ai su que j’allais passer à côté de quelque chose dans ma vie si je n’allais pas étudier en danse. Les danseurs et les danseuses étaient tellement investis, tellement passionnés, cela m’avait beaucoup touchée de voir ça. J’ai donc pris ma décision à ce moment-là. Avant cet instant, je n’avais jamais osé croire que je pouvais avoir une carrière en danse en raison du côté précaire et compétitif du métier, mais j’ai choisi de suivre mon instinct et de taire mes peurs. J’ai donc fait le programme de danse au Cégep de Saint-Laurent pour ensuite aller faire mon baccalauréat en danse contemporaine, profil interprétation, à l’UQAM. Cela fait maintenant trois ans que je suis diplômée.

Difficile de décrire tout ce que la danse m’apporte… C’est un travail absolument extraordinaire sur soi et un plaisir incommensurable. Cela m’amène à côtoyer nombre de personnes avec qui j’ai la chance d’avoir beaucoup d’échanges sensibles et enrichissants, des personnes qui m’amènent également à développer ma réflexion sur le monde dans lequel nous vivons. La danse me permet de vivre des émotions fortes, de pouvoir tisser des liens précieux, d’apprendre à me connaître, à développer ma confiance en moi. C’est aussi un excellent moteur au niveau communicationnel, notamment concernant la prise de parole, l’échange d’idées, d’opinions au sein d’un groupe. J’apprends à développer mon écoute, à affirmer mes points de vue, à débattre intelligemment. Parfois, je dois faire face à des situations très émotives et prendre sur moi. Tout ça, c’est le côté plus interpersonnel que la danse m’apporte.

Ensuite, toute la discipline sur le corps que cela requiert. C’est une hygiène de vie qui est en constante évolution. On apprend à savoir prendre soin de soi et de son corps, comment le pousser tout en restant à l’écoute de celui-ci et de ses limites et, surtout, en prévenant les blessures. À la longue, la contrainte se transforme en plaisir : plaisir qu’on éprouve en dépassant nos limites, plaisir ressenti par la pratique d’une activité physique, puis plaisir de la performance sur scène et de l’adrénaline que cela procure.

Ce que j’apprécie également, c’est l’échange entre l’artiste et le public. Je pourrais parler pendant des heures de ma passion pour la danse !

Est-il difficile de vivre de ses passions ? Comment t’y prends-tu ? Est-ce possible de réaliser ses rêves selon toi ? À quel prix ?

Pour être honnête, c’est comme un couteau à double tranchant. Vouloir avoir une carrière en danse n’est pas sans embûches. D’un côté, il y a ma passion inébranlable pour la danse qui fait en sorte que j’essaie d’aller toujours de l’avant, un jour après l’autre, afin de vivre mon rêve. De l’autre côté, cela génère bien évidemment son lot de sacrifices. Étant donné qu’actuellement mes contrats de danse sont sporadiques et souvent de courte durée, je n’ai jamais la garantie d’un salaire fixe. La danse professionnelle est un milieu précaire, avec peu de places au sommet. Beaucoup de passionnés et peu d’élus. Je n’ai donc pas le choix d’avoir des emplois dits « alimentaires » afin de subvenir à mes besoins au quotidien. Je partage donc mon temps entre « emplois alimentaires » et ma carrière artistique. Par conséquent, j’ai peu d’occasions pour mes relations interpersonnelles et pour moi-même.

Certains jours, je trouve cela difficile. Je suis quelqu’un qui aime s’investir à 100 % dans tout ce que j’entreprends. Je me rends compte que je ne suis pas Wonder Woman, que j’ai aussi mes limites. Je suis donc constamment en quête d’équilibre. Pour cela, je me fixe des objectifs atteignables. Je gravis les marches l’une après l’autre, sans chercher à brûler les étapes, en restant à l’écoute de moi-même et de mon corps, tout en gardant les pieds sur terre et en m’entourant de personnes saines. J’ai souvent remarqué que lorsqu’on se fixe un but trop grand dès le départ, il est difficilement réalisable, et cela a un impact négatif sur notre moral. C’est pour cela que je valorise autant le processus que la finalité.

Tu as trouvé un moyen très intéressant de faire cohabiter ta passion de la danse avec une autre activité, en l’occurrence, la photographie. Tes modèles évoluent souvent dans l’univers de la danse, beaucoup d’ailleurs sont danseurs. Pourquoi la photographie comme moyen d’expression ?

En fait, tout a commencé lorsque je servais de modèle pour des photographes. Ils m’approchaient, car ils voulaient collaborer avec des interprètes en danse. Je donnais beaucoup d’énergie durant ces séances photo avec l’excitation d’avoir un beau résultat. C’était le cas pour un photographe qui n’avait aucune connaissance technique en danse. De mon point de vue d’interprète, mon œil voyait toutes les imperfections : cliché pris au mauvais moment, pieds pas assez pointés, jambes pas assez tendues, manque de technique…

Ceci m’a motivée à prendre mon appareil et à m’amuser avec mes amies qui étaient en danse avec moi à l’école, afin d’avoir des clichés présentant des mouvements parfaits. De fil en aiguille, je me suis perfectionnée, surtout de manière autodidacte. Maintenant, je suis spécialisée en photographie de danse et de portrait. Il faut savoir que les interprètes en danse ont besoin de photos de casting pour se présenter lors d’auditions.

Pour moi, faire de la photographie de mouvement est avant tout synonyme d’instants magiques, non seulement sur le plan professionnel, mais aussi sur le plan humain. Certaines de mes amitiés sont nées de séances photo. De plus, marier la danse et la photographie est un beau moyen pour moi de rester connectée à ma communauté, celle de la danse à Montréal. Cela favorise les rencontres avec des personnes du milieu que je n’aurais jamais approchées sinon.

On te retrouve dans un article sur les 40 femmes avec des jobs « bad ass » au Québec dans le domaine artistique. Comment vois-tu cette mise en lumière sous les projecteurs ? Est-ce que cela a changé des choses dans ton quotidien ?

Non, ça n’a rien changé dans mon quotidien, mais cela m’a donné une belle tape dans le dos, comme on dit ! Vu que je suis autodidacte concernant la photographie, je vis un peu avec le syndrome de l’imposteur. Cela m’a donc motivée à continuer dans ce domaine.

Parle-nous de ton mode vie. Es-tu plutôt quelqu’un d’engagé dans la vie ? Comment l’appliques-tu dans ton quotidien ?

Je me considère plus comme une personne engagée socialement. Je m’intéresse beaucoup aux questions sociales, entre autres, aux questions en lien avec le féminisme, pour n’en nommer qu’une. Depuis quelques années, je suis devenue végétarienne. La cruauté envers les animaux me tient particulièrement à cœur, de même que celle de l’environnement. Je ne suis pas aussi impliquée que je le voudrais, par contre, mon emploi du temps étant bien chargé. Cela ne m’empêche pas de contribuer en apportant ma petite pierre à l’édifice. J’aime le concept des friperies et je pratique régulièrement l’échange de vêtements avec mes amis. Je recycle également autant que faire se peut.

As-tu un mantra qui te donne de l’énergie pour affronter la vie au quotidien ?

Le fait que l’art fasse partie de mon quotidien me donne beaucoup de bonheur. Pratiquer ma passion de façon journalière et pouvoir en récolter petit à petit les fruits est une chance. De plus, le fait de côtoyer des gens que j’aime me donne beaucoup d’énergie et me remplit de joie. J’estime sincèrement avoir beaucoup de chance.

Le dernier point qui me donne de l’énergie : rire avec les gens. Le rire est tellement bénéfique. Charlie Chaplin disait : « Une journée sans rire est une journée perdue ». C’est une maxime chère à mon cœur que j’applique tous les jours !

Trois places que tu préfères à Montréal et que tu aimerais faire découvrir à nos lecteurs ?

Moksha Yoga Montréal, sur le boulevard Saint-Laurent. Cela fait quelques années que je fréquente cet endroit où il y a des cours de yoga chaud, et cela me fait juste un bien fou à l’âme. Je me sens complètement décontractée et énergisée après une séance. Ce qui est drôle, c’est de savourer un thé après la séance en flattant de gros chiens souvent présents.

Les soirées swing du mercredi aux Katacombes, sur le boulevard Saint-Laurent, coin rue Ontario. Malgré le fait que je danse tous les jours, j’adore aller « lâcher mon fou » de temps à autre. Et pour cela, rien ne vaut une bonne petite soirée à danser le swing. En plus, la musique est live. L’atmosphère est juste électrique !

L’Édifice Wilder — Espace danse. C’est un édifice nouvellement bâti en plein cœur de la place des festivals et dédié exclusivement à la danse. Il réunit sous le même toit les Grands Ballets canadiens de Montréal, Tangente, l’École de danse contemporaine de Montréal et l’Agora de la danse. Quand j’ai envie d’aller voir un spectacle, je regarde surtout la programmation de l’Agora de la danse et de Tangente, deux diffuseurs clés dans le milieu de la danse contemporaine à Montréal. Justement, je serai en spectacle du 12 au 15 avril prochains à Tangente dans une pièce intitulée Rainblow, de Geneviève Jean-Bindley. Curieux et curieuses, n’hésitez pas à venir nous voir !

Je remercie infiniment Marie-Ève pour sa belle énergie et le temps accordé pour cet entretien. Envie d’assister à son spectacle ? Vous retrouverez les liens ci-dessous.

Surtout, n’oublions pas sa maxime préférée : « Une journée sans rire est une journée perdue ». 


Merci à Bigarade pour le confort des lieux lors de l’entrevue.

Liens :

Rainblow, du 12 au 15 avril 2018 

Moksha Yoga

Mercredi swing au Katacombes

Édifice Wilder 

40 femmes avec des jobs « bad ass » au Québec 

Sa page Facebook de photographe

À propos de moi

Parce que la vie est un voyage, une aventure ; que l’on ne sait jamais vraiment de quoi demain sera fait ; et surtout parce qu’elle n’est pas une question de « pourquoi », mais de « pourquoi pas », c’est en 2009 que Daphné quitte la France pour s’installer au Québec après y avoir passé un an en tant qu’étudiante à l’Université de Montréal en 2001. Curieuse, autodidacte, gourmande et surtout discrète, elle aime utiliser ses sens et savourer le temps qui lui est imparti en s’offrant la chance de pouvoir réaliser le maximum de ses rêves. Amoureuse de la bonne cuisine, des vieilles pierres, du bon vin et des livres, elle espère faire naître le goût des choses bonnes et simples qui nous entourent et qui bien souvent deviennent si familières que l’on ne prend plus la peine de les apprécier : la caresse du soleil sur votre peau, un morceau de chocolat fondant délicatement sous votre langue, la lecture d’un bon livre… Massothérapeute sur ses temps libres, son mantra : « On est tous l’artisan de son bien-être ». Elle évolue d’une passion à l’autre, en espérant rendre les gens heureux, désireux et curieux de pousser d’autres portes afin de découvrir ce qui se cache derrière.

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