Par 

L’inspiration


Je crois l’avoir déjà dit et au risque de me répéter, il n’existe pas de lieu plus sûr pour moi et mon petit égo que la salle de yoga. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est un endroit où je sens que je peux être moi-même sans craindre le jugement, sans craindre mon jugement…

C’est sans doute une question d’énergie, car toute personne qui passe la porte d’un studio de yoga y vient pour se faire du bien. Le chemin qui nous y amène peut en être un physique, c’est-à-dire que des blessures ou la perte de mobilité ou de sensations corporelles nous amènent à rechercher des méthodes différentes pour retrouver ce qu’on a perdu, ou encore, c’est un besoin psychologique, l’envie de se sentir mieux dans sa tête, dans son cœur, de se retrouver, de se redécouvrir, et même, de se recréer.

Doyouyoga

C’est dans une classe de yoga que j’ai réalisé combien mon corps, alors âgé de 32 ans (il approche maintenant 48 !), était mal en point. Lorsque j’étais couchée en Savasana, la pose du corps mort, comme je l’appelle affectueusement, et que je tentais de me détendre en respirant, les mots de Madeleine Dufour ont résonné en moi. « Lorsque vous inspirez, la poitrine et les poumons devraient se gonfler d’air alors que vos omoplates restent en contact avec le sol. » Oh ! malheur ! À chacune de mes inspirations, ma poitrine gonflait vers le plafond en entraînant tout le haut de mon dos avec elle. « Qu’est-ce qui ne fonctionne pas adéquatement chez moi ? » C’est la question qui m’est venue en tête. J’ai compris par la suite que des années de mauvaises postures, à mal respirer, avaient littéralement bloqué le mouvement naturel de mes muscles intercostaux, dorsaux et pectoraux. Ils ne formaient plus qu’un bloc. C’est en pratiquant des centaines de classes de yoga avec conscience et indulgence (et ce n’est pas toujours facile, mais ça se développe) que j’ai retrouvé un corps mobile, fort et souple.

C’est également dans une classe de yoga que j’ai réalisé que je n’étais pas heureuse et que je ne savais pas pourquoi. C’est dans une classe de yoga que j’ai pleuré en comprenant que j’avais ma place sur cette Terre et que je pouvais faire confiance à la vie, car elle m’apporterait exactement ce dont j’avais besoin.

C’est aussi dans les classes de yoga que je réalise à quel point je suis exigeante avec moi-même. Je l’expérimente davantage par rapport à l’enseignement qu’à ma pratique. Une partie de moi a compris qu’il ne sert à rien de brusquer ou de vouloir aller plus vite que ce que mon corps peut faire lorsque j’exécute une posture. Mais cette indulgence et cette douceur que je m’accorde pleinement, lorsque je fais du yoga, me quittent lorsque je l’enseigne. Je suis plus indulgente avec mon corps qu’avec mon esprit. En fait, cela se produit généralement dans une situation nouvelle, vous savez, celle qui nous sort de notre zone de confort. Allô ! C’est justement dans de tels moments où je devrais être plus douce et compréhensive avec moi-même, mais oh ! Non !, j’aimerais être tout de suite bonne et bien transmettre les notions que je veux, et c’est dans ce lieu de fort jugement, et surtout de non-acceptation de ma situation présente, que je me crée des attentes qui sont malheureusement souvent irréalistes. Je ne m’autorise pas le droit d’être juste là dans cette nouveauté qui me déstabilise. C’est comme ça ! Et c’est d’autant plus frustrant, car je connais le chemin vers cette indulgence et je m’entends vous dire d’être doux avec vous-même alors que je fais exactement l’inverse !

Comment activer cette partie nourrissante en moi plutôt que le juge intransigeant ? J’essaie alors de me voir comme une mère accompagnant son enfant qui apprend à marcher.

À chaque fois qu’il tombe, elle l’aide à se relever, elle l’encourage et lui dit qu’il fait des progrès, elle est douce et encourageante, car c’est ce dont on a besoin lorsqu’on fait face à de l’inconnu ou qu’on essaie quelque chose de nouveau. Pourquoi sommes-nous capable de cette douceur envers les autres alors que nous nous la refusons ? Si la réponse à cette question existait, je ne serais pas en train de vous en parler !

Dieu merci, la classe de yoga est comme un immense terrain de jeu. C’est OK d’être qui je suis, comme je suis, peu importe comment je me sens. Lorsque je suis entourée de yogis, je me sens bien, je me sens soutenue, je ne suis pas seule. Je sens que j’ai le droit de ne pas être parfaite. Et ce que je trouve encore plus intéressant, c’est qu’en me donnant ce droit, je vous offre par la même occasion le droit à l’imperfection. Tout le monde y gagne, moi la première, et ce n’est même pas de l’égoïsme ! C’est de la présence à soi. C’est une roue qui tourne sans fin. Lorsque je commence à me taper sur la tête et que je m’entends vous dire qu’il est important, voire primordial, d’arriver à trouver une chose dont vous êtes fière, je me parle autant que je vous parle. Vous êtes 25, 30, 45 miroirs qui me renvoyez mes propres paroles, mes propres craintes. C’est une connexion merveilleuse qui ne peut avoir lieu que lorsqu’on prend le risque de se dévoiler. Et c’est effrayant, mais ça en vaut la peine. Car plus on se dévoile, plus on réalise que nos craintes sont majoritairement infondées.

Lors de mes premiers cours de yoga chaud, j’étais gênée de mon corps qui porte les marques de deux grossesses et qui ne correspondait pas aux images de corps parfaits qu’on nous montre un peu partout. Je portais un pantalon long et une camisole et je m’imaginais que tout le monde dans la classe devait voir à quel point j’étais moche. Je ne pouvais pas être plus à côté de la traque ! La concentration nécessaire pour exécuter les postures de yoga est telle qu’il est difficile, voire impossible, de regarder ce que font les autres. Toutes ces craintes, tous ces jugements étaient dans ma tête. J’ai alors commencé à fleureter avec l’idée de me dévêtir un peu. Et je l’ai fait ! Ce fut comme me libérer de chaînes qui entravaient mes mouvements. Je me suis sentie mieux dans mon corps et j’ai surtout réalisé que personne ne me regardait avec de gros yeux l’air de dire « Non, mais elle devrait vraiment garder ses longs vêtements ». Je ressentais plutôt qu’en adoucissant mon regard sur moi, le regard des autres n’était plus aussi effrayant. J’ai compris que les permissions que je me donnais devenaient autant de permissions offertes aux autres.

J’adore lorsque le sentiment de tenir une idée de réflexion intéressante monte en moi. Cela m’arrive souvent dans une classe de yoga. Que je la pratique ou que je l’enseigne, il existe un lieu merveilleux que j’arrive à atteindre lorsque je suis dans cette classe avec vous. Ça s’explique difficilement et j’espère avoir pu vous permettre de voir un peu ce qui germe dans ma tête lorsque je fais du yoga ! Sachez que chacun d’entre vous, par votre seule présence en classe, participe à mon développement personnel et spirituel. Vous contribuez à faire de moi une personne meilleure.

Namasté

Référence de l’image à la une

À propos de moi

Valérie est une grande observatrice. Elle aime se remettre en question, ce qui l’amène à écrire pour faire le point. Son parcours de vie est atypique. Elle a étudié dans le domaine de la santé et dans celui des arts pour finalement travailler 16 ans comme fonctionnaire à la Ville de Montréal où elle a répondu à des appels d’urgence, fait de la formation et travaillé comme gestionnaire. Elle est professeure de yoga et copropriétaire du studio Bikram Yoga à Boucherville. Son plus grand souhait : « Être bien avec moi-même, ce qui implique d’être authentique et consciente de ce qui m’habite. Que ce soit des joies, des peines, de la colère ou un pur bonheur, l’authenticité passe par une totale acceptation de ce qui se passe en moi, même si ce n’est pas toujours facile ! » Certains la décriront comme une force tranquille sur laquelle il fait bon s’appuyer. Par sa participation à Bohos esprit libre, elle souhaite partager ses réflexions, ses peurs, ses joies, un peu d’elle-même comme elle le fait depuis quatre ans avec les gens qu’elle croise à son studio.

1 Comments

Nadia
Reply 21 février 2017

J'ai commencé à lire puis j'ai laissé de côté, j'y suis revenu 3 minutes après, merci Valerie, c'est un très beau texte !

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais partagé. Les champs exigés sont marqués.