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La photographie – Immortaliser le passé et s’ouvrir sur le monde


Lorsque j’ai entamé mon diplôme d’études collégiales en arts plastiques, il y a plus d’une décennie de cela, j’attendais avec impatience mon cours de photographie. Malgré les nouvelles tendances émergentes en numérique, nous avions droit à un cours classique de photographie en noir et blanc, en chambre noire. Un pur bonheur pour la jeune étudiante que j’étais ! J’allais enfin découvrir les techniques et les secrets menant à l’apparition, sur papier, d’une image captée momentanément par mon œil. Aucune trace de cet instant sauf ce cliché caché et imprégné, habilement ou non, sur cette petite pellicule. La chasse aux images était stimulante, l’attente du résultat motivante et le travail, afin de l’atteindre, excitant. Tout pouvait se révéler… ou au contraire disparaître à jamais. Comme si les beautés de ce monde dépendaient de mon talent et de mes compétences pour voir le jour.

J’aurais passé toute ma formation dans la chambre noire. C’était un endroit si irréel et si apaisant. Avant d’entrer dans l’antre rouge où les créations voyaient le jour, il fallait passer par une tanière obscure afin de transférer le film de l’appareil à l’instrument qui servait au développement. Seule, dans une minuscule pièce imprégnée par la noirceur totale, je devais m’adonner à ce procédé extrêmement délicat et périlleux. Seul le bruit de ma respiration et de mes gestes était palpable. Pas un seul faisceau lumineux ne venait éclairer mes actions. Garder les yeux ouverts dans cette précarité m’étourdissait. Je préférais les fermer et me concentrer sur les mouvements à exécuter. Une danse entre moi et le vide, une pratique méditative inavouée et un retour à soi inusité. L’espace d’un instant, le monde extérieur n’existait plus. Il n’y avait que moi et ma pellicule encore immaculée.

Puis, la magie prenait place. Une fois les portes tournantes dépassées, j’y étais ! Comme dans les films, la chambre noire est mystérieuse et feutrée. Pour seule lumière, des lampes inactiniques rouges réchauffent l’atmosphère, invitant au travail méticuleux des prochaines heures. Avec le recul, cette activité me permettait de mettre mon cerveau en mode « veille ». Je me concentrais sur le moment présent. Mon stress s’évanouissait au fur et à mesure que les images apparaissaient. Et quelle joie de les voir apparaître ! Après toute cette attente, je voyais finalement le fruit de mon labeur : ce que j’avais cherché à communiquer, ce que je désirais capter et partager.

La photographie m’a toujours interpellée, encore plus que les autres types d’arts visuels. Cela est dû, entre autres, à l’humanité qui se cache derrière, mais surtout devant la caméra. Pour moi qui rêvais d’être une peintre réaliste, voire surréaliste, mais qui n’avais pas le talent d’illustrer tous ces petits détails de la réalité, la photo me permettait d’atteindre ce niveau de perfection. Les sujets, quoique parfois trafiqués, sont vrais, vivants. Que ce soit des portraits, des paysages ou même de l’architecture, on perçoit, on ressent l’Homme à travers l’image. Face à une photographie, je suis envahie par une gamme d’émotions. J’aimerais tant en connaître davantage sur le sujet. J’envie le photographe qui a eu la chance, l’opportunité de saisir ce moment et de l’avoir partagé. En étant à la fois très exhibitionniste, la photographie est un art intime et introspectif. C’est un face à face entre deux personnes, entre deux mondes. C’est une manière d’arrêter le temps, de présenter un autre point de vue, de faire voyager les cultures, les idées et les différences et de laisser son empreinte sur cette terre en perpétuel changement. Les photos sont les empreintes digitales de notre passage dans cette vie. Elles nous rappellent les bons comme les moins bons moments, les tendances, nos erreurs, nos avancés. Comme l’écriture, ces images sont les traces de nos civilisations et de notre évolution. Des trésors à conserver pour se rappeler qui nous sommes et où nous allons.

Mon amour de la photographie ne date pas d’hier et il continuera à grandir. J’ai des tonnes d’albums photo à la maison. J’ai pris mon temps avant de passer au digital, car j’aime avoir mes souvenirs à portée de main, bien placés, comme des secrets bien gardés. Il y a quelques années, mon frère m’a naïvement offert un appareil de photos instantanées. Il ne savait pas à quel point cet objet réchauffait mon cœur. Mon grand plaisir, prendre des photos lors d’événements et les remettre à qui de droit sur le moment. Rien de bien exceptionnel : des photos de moindre qualité, souvent brouillonnes et mal cadrées, mais avec tellement d’authenticité et d’amour. Ces images ne sont pas toujours le reflet de la réalité. Il n’en demeure pas moins qu’elles racontent et rappellent. Parfois, je suis nostalgique de cette effervescence à découvrir ces images prises sur le vif. Attendre deux ou trois jours afin d’aller les récupérer au laboratoire le plus proche. Sauter d’une photo à l’autre, beaucoup trop énervée de raconter à nos observateurs l’anecdote derrière le cliché. J’aime les photos ratées, preuve que nous ne sommes pas continuellement sous notre plus beau jour. Je m’ennuie de ce temps passé seule dans la pénombre à développer mon art, mon regard.

Box wood avenue

L’avantage aujourd’hui est que la photographie est rapidement accessible : téléphone intelligent, ordinateurs, appareils photo variés, etc. On peut laisser libre cours à notre imagination. Il y a aussi différents concours et expositions mettant en vedette ce médium. C’est d’ailleurs cet article qui m’a inspiré ce billet. Prenez le temps de regarder ces beautés. Elles vous réconcilieront avec la vie. Un voyage autour du monde, les traces d’un passé qui sera bientôt le nôtre.

À propos de moi

La danse fait partie intégrante de la vie de Marie-Pier. Initiée très jeune, elle se dirige professionnellement vers l’enseignement de la danse et intègre, suite à sa formation en Danga, la pratique du yoga à sa pédagogie. La technique est primordiale pour elle, mais elle ne doit jamais être travaillée au détriment de la notion de plaisir. La créativité est au cœur de son travail. Elle désire aider les gens à se surpasser et à trouver leur propre façon de bouger. Marie-Pier adore écrire, c’est pourquoi elle collabore à la rédaction de billets pour Bohos.

1 Comments

France Verville
Reply 10 avril 2017

Très beau texte Marie-Pierbrempli de passion... au plaisir de se revoir!

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