Par 

Entrevue avec Yara & Catherine : les femmes derrière l’Espace L


J’ai connu Yara lors d’un lancement au printemps dernier. C’est une femme franche et spontanée qui ne recule devant rien pour atteindre ses objectifs ; elle roule à une vitesse grand V. Notre première rencontre ne m’avait pas laissée indifférente. Elle avait, à ce moment-là, un projet en tête, celui de bâtir un espace de travail pour les femmes où nous pourrions sentir l’esprit de communauté et de solidarité. Quelques mois plus tard, nous voilà en direct de cet espace combinant un club social féminin et un espace de coworking, qui prône l’entraide et la collaboration entre femmes.

Ce matin-là, je suis entrée à l’Espace L armée de ma grille d’entrevue soigneusement préparée ! Yara m’a accueillie avec son grand sourire et sa chevelure de feux. Elle était assise au comptoir avec Catherine, sa partner. Yara l’a regardée et s’est exclamée : « Oh ouais, c’est vrai, Cath, j’ai oublié de te dire, mais on a une entrevue ! » Elle est partie à rire.

Catherine n’a même pas eu l’air surprise de l’oubli de la part de Yara et elle a simplement souri. Je l’ai donc invitée à se joindre à nous. Rapidement, j’ai changé l’angle de mon entrevue. La complicité entre ces deux femmes était indéniable. J’étais curieuse de découvrir leur duo plus en profondeur. C’est pourquoi, aujourd’hui, je vous présente ce duo funky qui travaille fort pour faire rayonner l’Espace L : Catherine Dupont-Gagnon et Yara El-Soueidi !


L- Yara et Catherine, merci d’avoir accepté mon invitation malgré vos agendas de premières ministres ! Lorsqu’on s’est connues en mai dernier, Yara, l’Espace L, c’était un beau projet élaboré sur papier, mais on était loin du local pignon sur rue d’aujourd’hui. Comment est-ce que vous vous sentez, assises ici, dans cet espace dont vous avez tant rêvé ?

Yara : (se gratte la tête, l’air embêté) : Ha ! Ha ! C’est parce que j’essaye d’y penser…

C : J’ai l’impression que l’on n’est pas rendues au stade de s’asseoir et de constater ça ! On est trop dans l’action encore. On n’a pas eu le temps de se poser et de se dire : Wow ! On a réussi ça !

Yara : Parce que des fois, les gens vont nous regarder et nous dire : Wow ! Vous avez fait ça ! Moi, je ne le vois pas. Dans ma tête, je n’ai rien fait encore !

C : On a fait que 10 % de ce que l’on voulait accomplir. C’est juste la pointe de l’iceberg ! On est loin d’avoir fini.

Yara : Reviens dans six mois et là, on va être capables de s’asseoir avec toi et de te dire que là, on est peut-être rendues à 40 % ! Ha ! Ha ! Une entreprise, c’est une idée qui évolue sans arrêt. Là, on s’en va de plus en plus vers, oui, un espace de coworking, mais beaucoup plus axé sur les membres et la communauté, une espèce de sisterhood qui a pris beaucoup d’ampleur dans le dernier mois. C’est assez hallucinant ! Alors oui, ça évolue constamment. Le projet papier, c’était une bonne base, mais on s’ajuste et on fait des changements.

L- Est-ce que vous prenez le temps de vous féliciter à travers ce processus-là ?

Yara : Oui, des fois, on prend le temps de se taper dans les mains et de boire du mousseux.

C : C’est plus en lien avec l’atteinte des objectifs à court terme. Alors, ça, on prend le temps de le célébrer. Par exemple, un premier objectif à court terme était de débuter avec 20 abonnées à l’Espace. On l’a atteint ! Tu ne peux pas célébrer complètement avant d’avoir atteint la ligne d’arrivée.

Yara : Nous sommes des filles occupées en général. Ce n’est pas que l’on n’est pas satisfaites, c’est juste qu’on veut toujours en faire plus, nous améliorer et aller plus loin.

C : Je pense que c’est bon pour un entrepreneur de ne pas s’asseoir sur son succès, mais d’être quand même capable de célébrer les étapes ! Je pense aussi que notre forte amitié nous aide à le faire !

L : Qu’est-ce que vous avez trouvé le plus complexe dans la mise en place de votre projet ?

: C’est l’aspect humain : la difficulté émotionnelle qui est reliée à prendre ce risque-là, à se lancer, les décisions qu’on prend. Des fois, on a l’impression que ça peut nous confiner dans une case aux yeux des gens. Alors, je pense que ç’a été des difficultés émotives qu’on a connues dans les faits. Les critiques, les mauvaises langues qui disaient parfois : « Ah ! Les maudites féministes ! » Ç’a été plus lourd de lire ces commentaires-là dans les médias.

L : J’imagine qu’il y a ce branding féministe là que porte votre projet à aller défendre aux yeux de certains ?

Yara : Ouais, ç’a été lourd. Le premier article où il y a eu des commentaires négatifs, c’était vraiment difficile. Après, il faut vraiment que tu te fasses une coquille. Au début, j’avais peur qu’on se fasse attaquer, ou que quelqu’un vienne nous lancer des trucs dans la vitrine. Ce n’est jamais arrivé. Au final, je me dis que ce sont de grands parleurs petits faiseurs. C’est vrai, c’est souvent des gens qui se cachent derrière leur ordinateur.

L- OK ! Au début, lorsque le projet est sorti vous avez reçu des menaces ?

Yara : Pas des menaces, plus des commentaires du genre : « Ces espaces-là, pour femmes, ça ne devrait pas exister ! Ces femmes-là sont des frustrées ! » J’ai aussi eu un commentaire à mon égard disant : « Cette femme-là est animée par la vengeance ! »

L- Qu’est-ce que vous avez retiré comme apprentissage de la mise en place de ce projet jusqu’à présent ?

Yara : Je savais que j’avais cette âme d’entrepreneure. Je pense que de l’avoir fait, ça m’a vraiment prouvé que j’étais plus forte que ce que je croyais. Je ne me suis pas arrêtée aux commentaires des autres. Les gens, parfois, me disaient : « Pourquoi tu ferais ça ? Tu ne devrais pas faire ce projet-là. » Moi, je voulais aller au bout. Ç’a tout changé dans ma vie de faire Espace L. J’ai pris de grosses décisions dans ma vie personnelle que je n’aurais pas prises si je n’avais pas fait ce projet-là. Ça m’a donné la force pour me séparer de mon conjoint, de me dire que j’étais bien toute seule. Je me sentais plus forte, plus capable de gérer mes affaires. Ça m’a permis de m’affirmer plus dans mon quotidien.

L- De ton côté, Catherine, comment tu as vécu ça ?

C : Je crois que mon rôle a été un peu différent. J’étais plus comme le point stable et rationnel pour épauler Yara dans tout ça. Ma force, c’est vraiment d’être une personne qui reste calme en grosse période de stress. Je pense que cela a confirmé la facilité que j’ai de calmer les gens et de les faire sentir en confiance, de leur montrer aussi leurs forces et de les aider à cheminer.

Yara : Je pense que de lancer une entreprise, ce n’est jamais facile. Cela apporte énormément de changements majeurs dans ta vie. Cath m’a vraiment aidée dans les moments où je paniquais, où je ne savais plus quoi faire. Elle me disait : « Là, tu vas te calmer et tout va bien aller ! » Il y a beaucoup de choses que j’ai réalisées avec son aide.

C : Ce n’était pas la première compagnie que je lançais. Quand j’ai fondé mon entreprise, je suis passée par des épreuves et des changements similaires à ceux que Yara a connus. Entre autres, je me suis séparée de mon conjoint. Dans les faits, mon expérience passée a pu servir à rassurer Yara. Je suis passée par là et, trois ans plus tard, tout est correct !

L- Qu’est-ce que vous auriez aimé vous donner comme conseil, alors que vous commenciez l’élaboration de ce projet-là ?

Yara : Prends ton temps !

C : Mettre mon ego de côté un petit peu plus. Je pense que la chicane qu’on a connue durant le processus, Yara et moi, était en partie basée sur nos ego qui se sont cognés. Ha ! Ha ! Cela arrive, des tensions, c’est normal, et là, on a une amitié encore plus solide.

L- Selon vous, est-ce que les femmes sont naturellement solidaires ?

C : Je pense qu’on n’a pas le choix, qu’il y a comme un trauma commun quand tu es une femme. On l’a vu avec le mouvement #metoo. On a toutes de ces expériences-là qui ont été désagréables. Alors, cela crée une solidarité. On a cette tendance à vouloir s’entraider et se protéger.

Yara : Je pense que c’est plus fort dans notre génération. L’Espace L a ouvert le 18 octobre, c’est aussi à ce moment-là que le mouvement #metoo est parti. Les gens nous lançaient : « On dirait que ç’a été prévu ! » Mais on s’entend qu’il n’y avait rien de prévu. C’est le bon moment pour avoir ce genre d’espace pour les femmes. On peut stimuler des changements importants si tout le monde s’y met !

C : Je pense aussi que notre génération a été plus sensibilisée à ne pas se voir comme des ennemies ou de la compétition. On a besoin d’être en groupe et de se soutenir.

L- Plus tôt, vous parliez d’une récente explosion dans la communauté de l’Espace L. Vous avez ce sentiment, depuis un mois, d’avoir créé un esprit de communauté. Comment expliquez-vous cela ?

C : Ce n’est pas par magie ; on a fait des collaborations. On a fait venir des gens sur place. Ils se sont rendu compte que c’était un espace où ils pouvaient venir pour discuter, travailler, partager et s’entraider. Ce n’est pas un milieu hostile ou trop axé sur le côté mercantile de la business.

Yara : Je vais toujours me rappeler de la discussion entre deux filles lors d’un mercredi L. Elles parlaient de la gêne de charger le gros prix. Elles ne savaient jamais quel tarif demander pour leurs services. C’est rapidement devenu une grosse discussion entre les femmes présentes. Au final, la fille a osé charger plus cher et elle a eu le contrat. C’est vraiment cool de pouvoir aborder des sujets comme ça et de se sentir supportée ! C’est beau !

L- Qu’est-ce qui s’en vient dans les prochaines semaines en termes d’événements au calendrier de l’Espace L ?

Yara : On continue d’accueillir Let’s Talk/Parlons : les groupes de discussion menés par The Woman Power. On va commencer les soirées cinéma et essayer de faire des événements beauté.

C : On va faire aussi des séances d’information, vraiment des cours concrets, plus techniques pour les entrepreneurs.

Yara : Des conférences aussi ! Il y a tellement de gens intéressants, je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas de conférences ! On fait beaucoup d’événements variés. Éventuellement, moi, j’aimerais avoir un wine club pour boire du vin ! Ha ! Ha !

C : On est très ouvertes aux nouvelles collaborations, car on est appelées à évoluer. L’Espace L, c’est comme une petite plante, en ce moment, qui veut juste grandir. C’est l’espace de la communauté ; on veut que les projets mis en place viennent de nos membres. On a un babillard qui s’en vient aussi pour que nos membres puissent faire des collaborations entre leurs services. On veut que ce soit un espace de création libre, un bac à sable où expérimenter des projets funky.

Yara : C’est un espace féministe et on se veut inclusives des hommes féministes aussi. Ils peuvent contribuer à leur façon.

L- Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour les mois prochains ?

C : L’énergie pour réaliser nos ambitions ! Si on a l’énergie pour accomplir tout ce que l’on veut, le reste va suivre ! C’est l’hiver, y fait froid, on travaille fort !

Yara : Oui, de l’énergie positive, on a tellement de beaux projets qui s’en viennent !

L- Encore une fois, merci à vous, mesdames, de nous avoir reçues ! Vous êtes belles à voir aller !


C’était tout pour mon topo ! Ceci dit, je vous invite fortement à aller voir leur site Web, leur page Facebook, leur page Instagram @espacelmtl. Si vous avez des questions sur leur format d’abonnement ou un projet stimulant à leur proposer, n’hésitez surtout pas à leur écrire directement ! Elles se feront un plaisir de vous répondre.

À propos de moi

Sans contredit, il vous suffit d’une soirée avec Mme C. Germain pour comprendre son essence : un heureux mélange de la familiarité de la région et du rythme effréné de la ville. Intervenante psychosociale depuis 2013, elle a mis à profit ses connaissances avec la Fondation Jeunes en Tête en travaillant comme conférencière pour sensibiliser les jeunes à la dépression. Elle s’implique actuellement auprès des entreprises en démarrage en y faisant des groupes focus, en plus de travailler comme Responsable des Services Externes pour l’entreprise Succès Scolaire. C’est à travers son lexique qui vous rappelle autant votre grand-mère du bord du fleuve que votre professeur d’université que l’on a le goût de plonger dans son univers qui pose un regard franc et honnête sur des thématiques comme : notre société, la place de la femme au sein de celle-ci, l’entrepreneuriat et l’importance du dépassement de soi.

1 Comments

Béatrice
Reply 22 février 2018

Très bel article, ça me donne vraiment le goût de découvrir Espace L

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais partagé. Les champs exigés sont marqués.